Annie's profileLA princesse extraterres...PhotosBlogLists Tools Help

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    September 10

    En ville

    Bonjour !
    un petit mot pour aviser que je suis de retour en ville.
     
    Vienne et Prague sont de fort jolies villes.
     
    Vienne, c'est son histoire liée à la musique classique, à l'opéra et au ballet, faisant la fierté des Viennois. C'est aussi le chocolat, les sachers torte, le café viennois (même pour moi qui ne boit plus de café depuis 2 ans) à ne pas manquer, des musées, des châteaux et des églises magnifiques. Toutefois pour le nightlife... humm passons, de même que pour la cuisine locale... le wiener schnitzel  et le goulash ne nous ont pas plu! Je préfère par contre Paris à Vienne même si Vienne reste très belle, il y a plus de choses à voir, la cuisine et la vie nocturne semblent meilleures.
     
    Prague est plus petite et certes très mignonne avec ses cristaux, ses grenats, ses marionettes faites à la main et sa verrerie hétéroclyte partout. Il y règne une atmosphère médiévale mystérieuse, avec une histoire liée aux alchimistes. Il y a là aussi des châteaux et autres bâtiments multicolores et beaucoup de spectacles de musique classique proposés. On y fait rapidement le tour en environ trois jours par contre.

    Pour les photos, voyez l'album dans la section photos : Vienne & Prague 2008.

    Prochaine destination, probablement le Liban pour les fêtes de fin d'année et l'Égypte en janvier.
     
    Voilà
    September 09

    Au revoir SD

    Cher petit Steven rayon de soleil,
    ce fut un immense honneur de te connaître, merci pour ta précieuse amitié.
    Tu manqueras terriblement à tellement de gens...
    Veille sur nous de ton étoile,
    A.
    xoxoxoxox
    September 02

    La vie en rouge, part.1

    Journal désespérant et rouge à souhait

    14 février 2006

    …je rangeai mon téléphone portable et je remis ma carte de souhaits écarlate à l’itinérant domicilié sur le trottoir le plus près, ainsi que ce présent prémédité depuis longtemps. Il y aurait un heureux ce soir malgré notre millième tempête. J’ai subitement décidé que ce serait notre dernière millième.

    Je ne flancherais pas.

    Dix ans après ironiquement jour pour jour, valait mieux tard que jamais pour dire j’aimais. Non je n’allais pas encore flancher comme d’habitude.

    Mais le vide fouettait et flageoler après cajoler ne devrait jamais rimer.

    Ne surtout pas flancher, à l’aide!

     

    Fidji

    Montréal, mars 2006

    Par un mercredi frigorifique, je me retrouvai attablée avec des collègues. Noyée de chagrin, je fis ce que toute naufragée aurait fait. Je me submergeai d’invitations.

    Dr Q. nous reversa du vin carmin et les rires se firent plus festifs. J’adorais ces hurluberlus. Sous ses lunettes orangées, il releva une présence à l’autre table :

    «C’est qui lui?

    - Retourne-toi. Là c’est le chanteur Fidji Anshok, derrière toi.

    - Ah lui, fis-je d’un haussement d’épaules.»

    Hélas, je n’aurais pas dû me retourner. Quand nos axes pupillaires se croisèrent, il me captura toute entière. Il était magnétique malgré son blouson bleu bonbon. Steven le rouquin continuait de me parler sans que j’entende. J’essayai de faire semblant de ne pas le contempler, lui ce musicien. Il me salua du bout des doigts quand je quittai l’endroit mais juste avant, il fit le souhait que je lui écrive sans réfléchir.  L’inconscient !

     

    Alors une fois au chaud, j’éprouvai l’envie inexplicable de me renseigner à son sujet sur Internet. Je ne connaissais de lui qu’un regard et de vagues mélodies et je n’ai rien appris à son sujet car son courriel bien exhibé attira sitôt mes mots : «Salut, me replaces-tu? Je suis la fille du resto. Pourquoi n’es-tu pas venu me parler plutôt que me dévisager? Veux-tu aller prendre un café?». J’appuyai sur le bouton d’envoi avec un pressentiment.

    Oh malheur ! Il me répondit en effet prestement même s’il n’ingurgitait jamais de café.

    L’ordre des choses se désordonnait. Une lolita mâle affiliée aux radios commerciales, celles à l’effet soporifique sur le QI général, n’était pas sensé m’écrire lui-même, encore moins positivement et en si peu de temps.

    Qu’est-ce que j’avais encore été commettre comme énorme stupidité?

    Encore la faute à mon mauvais sort légendaire associé à ma blondeur congénitale. Je fais une gaffe par jour, on m’a dit que c’était sain et même mignon - ah bon. C’est surtout ma damnation à des méandres étranges : rencontrer cette fois un humain éprouvant un si grand désir de plaire qu’il en ait fait une carrière. Enfin je ne suis pas meilleure puisque j’ai bâti la mienne à démolir ma blonde image avec tellement d’aveuglement, ce qui m’a valu un doctorat pour soigner les yeux des autres à 24 ans.

    Un métier sert d’abord à se prouver à soi-même. J’avais voulu être brillante et lui, être une étoile. Deux univers nous séparaient.

    Gagner sa vie avec des élans artistiques m’a toujours semblé cruel et peu rémunérateur en contrepartie d’années d’efforts acharnés passées à se décharner. Je l’imaginais en maniaque libidineux enfiévré, en drogué égratigné ou en imbécile béat, à défaut de m’expliquer l’origine de cette envie narcissique de se mettre à nu en s’essoufflant pour attraper la gloire. C’était trop triste dans mes circonstances que de l’imaginer en écorché vif qui désirait seulement plaire.

     

    En entrevues, il avait l’air d’un Martien venant tout juste de se réveiller sur Terre. Paradoxalement, il émanait de lui quelque chose de spatial, peut-être une hypersensibilité cosmique dissimulée derrière un pan de tics nerveux. Il m’intriguait tout compte fait.

     

    Comment lui m’envisage-t-il en ne connaissant de moi que mon visage extraterrestre? Jolie par cliché ou jalousie rime avec idiotie. Il devait y rester du vrai incrusté entre les synapses de mes neurones. J’appréhendais une rencontre à l’intelligence artificielle et j’étais sottement déterminée à m’y présenter pour éviter les regrets. J’étais convaincue que faute de conversation, je rentrerais au lit pour minuit ou plus tôt. Je n’avais de toute manière plus rien de mieux à faire.

     

    Le soir du rendez-vous me rattrapa. Je fis une ronde à l’avance sans vraiment le chercher. Il était plus aisé de me défiler en faisant le bonheur d’un rustre sur le trottoir:

    «Mademoiselle, c’est pas d’votre faute si vous êtes belle! Je gagne   ma vie à faire des rimes, vous’auriez pas un peu d’monnaie?

    - Voilà, dis-je en lui tendant une pièce de deux dollars».

    Il me sourit de toutes ses dents, trois petits chicots bruns malodorants

     

    J’arpentai un instant supplémentaire la rue pour pénétrer dans une chocolaterie. Le chocolat fin m’est une addiction peut-être parce qu’il existe une ressemblance entre cette décadence et mes courtisans, ma principale lubie. Un seul authentique, c’est exquis, ça fait sécréter des endorphines et on n’en connaît jamais toutes les subtilités. Mais en consommer un assortiment dans les excès mélange les saveurs et crée des maux de coeurs abominables. J’abhorrais les chocolats de dépanneur de même que la polygamie pour cette raison. J’ai bien essayé plus tard, je ne restai douée qu’à faire pleuvoir des larmes. Un drame à la fois me suffisait.

    J’achetai un sac de chocolats au gingembre au cas où la soirée soit fade et je retournai au bar avec un quart d’heure de retard. J’ai bien hésité sur le seuil à rebrousser chemin, mais je n’aimais finalement pas l’idée de cette lâcheté. Il y avait toujours dehors l’homme édenté qui me souriait, ce qui acheva de me convaincre d’entrer.

     

    L’homme stellaire se leva alors à travers la fumée. Il brillait tellement que je n’eus pas besoin d’aromatiser l’instant avec du chocolat noir au gingembre.

    ***

     

    La gloire est un phénomène curieux. Il faut croire que les humains ont éprouvé de tous temps ce besoin sécurisant d’idolâtrer l’un de leurs semblables. Une personne qui sert un peu de guide à seulement exister, que l’on admire pour des raisons floues et à qui l’on voudrait ressembler, à défaut de pouvoir totalement s’appartenir en ne ressemblant qu’à soi-même, ce qui reste plus ardu.

    Et ceux qui de leur art, font carrière de ce désir de plaire sont bien déterminés, très seuls ou illuminés. Quelle plaie que de ne pas pouvoir commettre ses stupidités en paix, avec toujours des évaluateurs répandus partout, jusque sur les téléviseurs.

    Tout compte fait, nous n’aurions rien à faire ici sans espoir de devenir meilleurs, admirables, immuables à travers les saisons. Il resterait moins de rêves à rêver si personne ne consentait à transformer nos tragédies terrestres en œuvres d’art célestes, à revêtir un rôle d’icône en cage qui refait cent fois le même spectacle sous l’approbation de mercenaires. Sans ces glorieux courageux pour distraire les foules d’elles-mêmes, ce serait le vide, celui qui s’immisce partout même entre la multitude.

    Fidji devait se sentir bien seul parmi ses admiratrices pour qu’il ressente l’envie de me rencontrer moi, moi qui ne faisait qu’être belle à ses yeux ce soir-là, moi qui n’avais rien à faire de ses airs jusque-là.

    ***

     

    En ce soir de mars, tout se déroula malheureusement trop bien avec mon Martien. Il m’apparut étonnamment brillant quoique torturé, ce qui ne le rendait à mes yeux chagrinés que plus charmant. Je me suis demandée s’il se dit la même chose de moi… Les âmes troublées s’attirent parfois comme des aimants si fortement qu’elles en risquent une fusion à froid. C’est ce qu’on peut ensuite appeler des amants sous perfusion.

    Nous avons tellement parlé que j’ai oublié l’océan de nos mots déversés. J’ai même omis l’odeur d’incendie dans ce petit bar qui se devait de disparaître dans les flammes plus tard.

     

    Quand je tombe en amour, je crois toujours que ce sera pour toujours.  Aimer prend à l’évidence plus qu’une vie et je n’ai rien trouvé de plus intéressant à vivre ici. Ma mythomanie n’est nullement altérée par l’espace ni le temps. Je suis une Cendrillon des temps figés, une princesse extraterrestre trop entêtée pour le sol terrestre. Je suis aussi une romantique puérile, probablement surtout une bizarroïde qui refuse tous traitements. Une décennie fusionnelle entamée à tout juste 15 ans des suites d’un violent coup de foudre sur la tête ne laisse certes pas sans séquelles.

    Lui chantonne à la radio qu’il a l’amour éphémère depuis sa planète, là où il n’y habite que des humains tristes. Comme ceci augurait mal…

     

    Trimballant chacun nos cœurs lourds comme la fin d’hiver en cette nuit, nous avons fait ce que deux inconnus font lorsqu’ils se fixent délibérément rendez-vous dans un bar et que, mêlée aux effluves enfumés, il se mixtionne une volupté insidieuse entre les molécules de l’air. Celle qui fera plus tard s’emmêler les corps ou se perdre les âmes. En réfléchissant bien, je fais rarement comme les miroirs.

     

    L’aurore approchait. On nous mit dehors. Sous un ciel sans étoile, quelqu’un ouvrit une portière pour régurgiter ses excès nocturnes et ses camarades de moquèrent de lui. Passé la flaque de vomis, Fidji s’arrêta sous la lune :

    «Est-ce que je te plais ?

    -         Euh… est-ce que je suis obligée de répondre ? »

    Les souhaits sont faits pour être réalisés. Il avait souhaité me plaire bien avant que ne le je réalise. En cette nuit, il était déjà trop tard pour moi.

    Nous continuâmes notre marche peu loquace, une errance vers nulle part. Il stoppa de nouveau:

    «Je ne voudrais pas te manquer de respect, mais euh… Veux-tu venir chez moi ?»

    Je me mordis la lèvre en contemplant sa mine rigolote sans me préoccuper de la mienne bien plus loufoque. Il ne pouvait pas concevoir ma tendance à la nymphomanie. Une décennie en couple à deux fois par semaine fait bien plus de mille fois et il ignorait que j’étais seule depuis deux énormes semaines. J’ai hésité à jouer les outragées pour me moquer de lui, avant de pudiquement  lui souffler: «ok», et ce mot minuscule glissé tout bas ne pouvait désormais plus être récupéré sur le trottoir glacé. De là-haut, la lune devait se marrer.

     

    J’étais trop enivrée pour conduire vers mon lit, certainement pas assez pour héler un taxi. Il me saisit la main. Il aurait pu me guider n’importe où. L’enfer avec Lui resterait moins terrible que mon errance lancinante.

     

    Un tourbillon de bouquins, de disques et d’instruments de musique épars lui servait d’appartement un peu glauque. Avec mon cafard de fille ramené dans son capharnaüm tamisé, je brûlais de me perdre et qu’il s’égare avec moi, là tout de suite du moment que nous ne retrouvâmes plus le chemin. Il entreprit un monologue blotti contre mon corps et je n’écoutais pas ses mots, des paroles lancées en l’air sur la religion. Je me délectais plutôt de leur son onctueux. Jailli de nulle part et extraterrestre autant que moi, je l’aurais adopté lui tout entier comme religion. J’en aurais fait ma lumière, mon culte solaire. Il me disait du vent flagrant pour se faire séduisant. Peu importe, cette voix grave pleine de n’importe quoi m’apaisait.

    Une décennie s’avère vertigineuse du haut de 25 ans. Je tombais en astéroïde du haut d’une peine d’amour infini pour m’étaler directement sur lui et kaboum ! J’eus l’impression de l’halluciné. Il était quatre heures d’un matin sans intempérie, je rêvais de lui les yeux ouverts. J’étais naufragée du tsunami que j’avais moi-même déclenché d’avoir trop pleuré et au bout de cette nuit blanche, il y avait son corps orné d’un tatouage de soleil noir. Le grain de sa présence digne d’une carte postale m’évoquait le sable tiède d’une plage déserte à ne jamais vouloir quitter, un oasis triste perdu par-delà mon chagrin ensablé, plus esseulé encore que ma propre solitude, mon magnifique et trop superbe mirage. De tous les hommes québécois, il fallait que j’échoue entre ses bras, le premier autre en dix ans. J’ai jugé ironique de ne me sentir aussi en vie, qu’avec un cœur brisé.

     

    Lui sans doute éteint par divers chagrins, envisageait platement d’entrechoquer nos corps sans autre froissement. Son envie simiesque m’était égale, je brûlais d’une envie torride d’être avec lui. J’ai collé mon front au sien, j’ai frôlé mon nez sur son nez. Quand il interrompit son dialecte pour m’embrasser, par miracle j’ai momentanément cessé de chuter. Sa langue tournoya en même temps que la pièce. (Attention si tu me veux nue vraiment, j’omettrai tout follement.)

    Ses câlins goûtaient l’incendie. Je le déshabillai en un trait de fusion. Il parut surpris. Il ne s’attendait pas à moi, moi non plus d’ailleurs. On passa la nuit à défaire l’amour mais rien ne fonctionnait, distancés d’être si collés sur ce divan trop étroit pour deux. Ce ne fut pas orgasmique. Ma peau d’extraterrestre paralyse souvent la première fois. Les humains demeurent d’étranges créatures et les premières fois, chaque fois des catastrophes. Cette nuit-là, je me suis perdue avec quelqu’un de contagieux, quelqu’un qui souffre de s’être égaré depuis des milliers d’années et qui souhaite même en oublier comment aimer… J’aurais préféré contracter une ITS purulente puante à ce terrible virus inoculé.

     

    Étant extraterrestre, j’étais persuadée que les histoires d’amour heureuses étaient un droit terrestre et non un privilège céleste. Ce qui me troubla le plus de cet être étrange est qu’il engloutit d’un regard ma croyance. Avec les immenses yeux fatigués qu’il portait, il pouvait s’immerger dans un océan de larmes salées, les siennes et celles laissées par chacune de ses amoureuses délaissées. Il me transmit son abysse quand j’envisageai sa décennie de plus. Comment parvenait-il à trouver un sens aux rotations de la planète sans sombrer autrement qu’en se submergeant de chansons d’amours tristes?

     

    Enfin, ce ne sont pas les pas de ceux qui réfléchissent trop qui font tourner cette planète.

     

    Il s’endormit insouciant avant moi. Il n’était pas vraiment beau parce qu’il l’était tellement plus que d’une beauté flagrante. Il était au-delà des mots, immobile - émouvant tel une toile surréaliste à la Salvador Dali, un tableau qui ne touche qu’en s’y perdant longuement. Il ronflait bruyamment la bouche en forme de gouffre avec un air angélique et la pièce chavira. En naufragée suicidaire, je m’agrippai à lui. J’espérai dans mon délire éthylique que le filet de salive sur sa joue ne me serve pas de fixatif à cheveux au réveil.

     

    Le lendemain après-midi, toute ankylosée d’avoir dormi recroquevillée contre lui, je me réveillai au son d’une alarme. On installe des systèmes antivol sur n’importe quoi, sauf les cœurs.

    J’avais mal partout. J’ai souhaité très fort rêver et me réveiller à nouveau, mais rien ne s’exauçait. Ce n’est pas qu’il n’était pas charmant, certes non. Ébouriffé au milieu de son désordre séculaire, il nous cuisinait d’alléchantes crêpes au sirop d’érable. Je n’avais pas d’appétit dans notre taciturnité. Il semblait égaré à des années-lumière parmi ses pensées d’étoile tourmentée, au moins autant que je l’étais dans les miennes extraterrestres. Le printemps nous narguait par la fenêtre, rendant l’ambiance lugubre. (D’habitude, c’était Justin et moi qui répétions ces gestes du dimanche. D’habitude, j’adorais les dimanches.)

     

    Je l’observais. À quoi pensait-il d’aussi pesant que ma présence ici?

    Cet autre cœur crevé aussi étrange qu’étranger, qui ne voulait pas de moi pour plus qu’une nuit et certainement pas pour toute une vie, reproduisait nos mêmes gestes ordinaires, mais si précieux quand nous ne sommes pas éloignés par deux planètes. Pour rajouter à mon vertige, il me rappelait mon tout premier amoureux, un guitariste maintenant accompli parti en orbite en tournée. Je ne su dire si ce fut ses épaules repliées sous le poids de la galaxie, son sourire d’adolescent anciennement broché ou sa démarche d’ombre qui me fit le plus cet effet déconcertant. (J’aurais pu pendre ces vieux rêves à mon cou et partir à suffoquer sur place.)

    J’étais ici dans ce lieu désordonné autant que l’était mon cœur à l’envers, chez ce chanteur de tragédies commercialisées dont je n’écoutais pas la musique, que je ne connaissais pas la veille et qui m’évoquait un amoureux poussiéreux. Je prenais le déjeuner avec un gars sorti directement d’une publicité de disque et j’aurais tellement souhaité qu’il retourne se fixer sur l’une de ses affiches orangées chez le disquaire, là où j’avais toujours l’habitude de ne jamais le contempler.

    (Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah!)

    Pourquoi? Pourquoi !? Quelle offense avais-je faite au destin pour échouer à me forcer à manger des crêpes dans ce rêve affreux me servant de réalité distordue ? Je pestais contre le néant de n’avoir rien de concret sur quoi pester. Ma vie n’était pas sensée être ainsi. Je m’en suis voulue. Je lui en ai absurdement voulu d’avoir accepté de me rencontrer, de m’avoir laissée si facilement le déshabiller, puis aussi à Justin pour m’avoir délaissée assez pour que je cesse de l’aimer. Finalement j’en ai voulu à la Terre entière de ne plus m’autoriser à tourner en rond avec elle. J’avais oublié cette fatalité qui fait que la vie n’est sensée qu’être insensée. Nul besoin d’être devin avec ses deux brosses à dents usées dans la salle de bain pour prédire la suite.

     

    Je lui dis au revoir en fin d’après-midi. Il s’assura que je n’oublie rien et pas par bienveillance. La mémoire serait sélective, je ne notai pas son adresse. Passer pour une groupie hystérique était ma dernière volonté. J’accourus électroniquement avec un effort poétique contenu, probablement éthique aussi, lui écrire un mot dégoulinant la déconfiture à venir. Une décennie en couple laisse plus collante que la candide Cendrillon. Je ne concevais pas comment les histoires d’un soir pouvaient être désirées en dehors des fantasmes. Il me répondit sèchement qu’il n’avait pas tenté de me séduire et d’aller voir ailleurs par un lundi matin orageux. Pour apprécier la littérature, il devait pourtant connaître par cœur l’adage de Boris Vian : sexuellement, c’est-à-dire avec son âme.

    J’ignore s’il se crut, qu’il n’avait pas tenté de me séduire, ou s’il usait plutôt sciemment de cruauté comme répulsif à extraterrestres, ce qui reste moins essoufflant que de s’enfuir soi-même quand on a déjà été blessé par là.

    La vie en rouge, part.2

    ***

    En soirée Justin me téléphona :

    «Allo c’est moi.

    - Je sais, on dit toujours ça, on est chacun un énorme moi. Qu’est-ce que tu me veux ?

    Je n’avais aucune envie de converser, encore moins avec lui.

    - Bien rien bafouilla-t-il. C’est juste que j’ai fait un drôle de rêve. Tu t’endormais avec un chanteur pas très beau et je me suis réveillé en sursaut. Je me suis senti tellement croche que je n’arrête pas d’y penser. Dis-moi pour me rassurer ce que tu as fait cette soirée-là?

    - Euh…

    Il perçut mon malaise à l’intonation de mon silence. Après dix ans, il me connaissait par cœur plus que moi-même.

    - Wouach mon rêve est vrai!? fit-il horrifié sur un ton signifiant qu’il ne voulait pas que je lui réponde.

    - … mais là, il n’est pas wouach, t’es juste jaloux.

    - Pfft oui wouach à 100%. T’aurais pu au moins te choisir un Bozo plus beau que moi ou au moins, moins vieux que lui. Tu vois combien notre lien est fort, on a encore fait de la télépathie!!!»

    Évidemment puisque je suis une extraterrestre… Je ne lui avais jamais menti, jamais même pour l’épargner. Il savait de toute manière me lire comme on lit le journal. Je lui racontai tout:

    - …c’est toi qui m’as laissée tomber et de très haut. Tu as fait semblant de ne pas m’aimer pendant tellement longtemps que je t’ai cru finalement.

    -         Je sais bien.

    -         L’amour rend aveugle paraît-il. Si seulement j’étais encore aveuglée par toi, ce serait tellement plus simple, concluais-je tristement.

    -         Ok, ce qui est dit est dit et ce qui est fait est fait, on ne peut pas revenir en arrière pour effacer des bouts à notre histoire. Rappelle-toi toujours que je reste ton ange gardien alors, que je reste là pour veiller sur toi peu importe ce qui arrive, que jamais je ne cesserai de t’aimer même si on change d’amour. Je veux que tu prennes soin de toi maintenant. On se reparle quand on ira mieux».

    Il raccrocha la voix nouée. Je n’ai même pas pu le saluer pour desserrer le nœud coulant dans nos trachées. Livide, je fixai le combiné pendu dans le vide jusqu’à ce qu’un tintement strident m’avise de raccrocher. Cette histoire sans orgasme venait de sceller notre sort. Tout s’écroulait avec le temps qui s’écoulait sans lui.

    Sans lui.

    Je ne savais plus rien. J’ignorais jusqu’à qui j’étais. Nous étions des miroirs depuis si longtemps que ce fut pareil pour lui. Nos petits cœurs ficelés trop serrés s’étaient emmêlés jusqu’à rompre le ruban en se saignant. C’était le dénouement de notre histoire, un dénouement comme il s’en produit sans doute des millions au même moment ailleurs sur la planète. On naît, on n’est puis on aime et quand on le réalise, parfois on n’est déjà plus. Dans cet ordre ou à l’envers, c’est la vie.

    ***

     

    Le musicien mélancolique hirsute refusait toujours de me revoir malgré mes harcelantes supplications épistolaires, choses à ne pas faire envers un écorché vif qui ne sait plus trop comment faire après plaire, qui doit éprouver inconsciemment des idées de mort à cette seule idée. Il est vrai que rencontrer une fille qui s’autoproclame extraterrestre reste assez angoissant.

     

    Entre temps l’ennemi numéro un de Justin, celui qui se brûlait près de moi quand rien n’allait plus entre nous, soit depuis trois ans, eut vite fait de repérer mon malheur. Parfois vaut mieux lâcher prise, certaines choses s’avèrent inéluctables…

    J’ai donc fréquenté Antoine ensuite. La vie voulait qu’il ait déjà prévu un voyage. Par chance puisque nos langues passaient la nuit à se dire tout, ce qui m’endormait toute la journée. Nous ne nous sommes rien promis sous mon interdiction formelle quand il s’envola blessé. Il fallait que le musicien vaporeux que j’avais presque réussi à effacer se synchronise en acceptant de me revoir exactement durant ce temps. Je n’ai pas eu le cœur de le dissimuler à Antoine et j’en ai reçu un drame d’Amsterdam.

    Je me suis ensuite prise la tête dans le casse-tête irrésoluble qu’était devenu ma vie à me casser le cœur et à fracasser celui des autres.

    ***

     

    Cette deuxième soirée avec le musicien fut malencontreusement plus étincelante. De nouveau, nous nous sommes égarés quelque part dans ce même petit bar prédestiné de toute façon aux flammes. À s’embraser toute la soirée, il murmura à la fin qu’il avait envie de m’embrasser. Sans plus d’artifice, du feu éclata pour jaillir de partout. Je planais de seulement savoir qu’il existait, juste là contre mes lèvres, en dehors de mes rêves. Sa main gauche sur mes courbes me ramena droit sur Terre quand on vînt nous avertir de la fermeture. Alors il m’entraîna en silence. J’étais subjuguée par ses yeux immenses. Je les aurais suivis jusqu’au soleil pour m’y brûler encore puisque le pauvre était condamné à toujours partir en fumée. Quel affreux mauvais sort!

     

    Debout sur son petit balcon, je souhaitai que jamais nos baisers ne cessent. Le contact de ses lèvres sur les miennes, le goût de sa langue goûtant la mienne, sa seule présence me grisait plus que tout l’alcool que nous venions d’ingérer. Les minutes dégouttaient doucement mais résolument avec une pluie fine à en oublier de se méfier des mauvais sorts.

    «Alors est-ce qu’on rentre ? fit-il entre deux baisers suaves.

    - Il faudrait bien.»

    Le même divan, la même lumière tamisée nous attendaient, avec son capharnaüm et encore mon cafard de fille désespérée. Il ne me parla pas cette fois de religion, nos corps se retrouvèrent maladroitement si vite en communion. Quand je voulus décrocher ce tableau d’éternité, j’eus le désagréable pressentiment que je ne le reverrai pas de sitôt. Je laissai le présent s’effondrer et je m’endormis contre lui. Au matin, il me dit à nouveau du vent : à bientôt.

     

    Il me plaisait énormément ce drôle de type, je ne pouvais pas même m’expliquer pourquoi. Celles m’ayant précédée entre ses bras avaient pourtant omis d’en faire un amant flamboyant. Je le trouvais adorable avec ses manies d’écureuil craintif, attachant encore plus que la première fois. J’oubliai qu’il en avait fait sa carrière de charmer et de plaire pour s’attacher  les gens et que moi, avec ma pénible manie de vouloir sauver la planète, j’avais un immense talent à m’attacher au détachement.

     

    J’eus encore droit à un courriel froid sans vouloir comprendre son malaise, hormis son mal d’être ou ce disque auquel il se devait de travailler ou peut-être encore à cause de la malheureuse propriétaire de la deuxième brosse à dents qui traînait dans la salle de bain. Je l’avais envisagé pour planer, mon bel amant shocolaté - encore, oh encore. Il me fallait raisonner qu’un humain éprouvé puisse préférer rester sur Terre pour y résonner sans son âme ni même sexuellement.

    Sordide jeu des ombres : fuit-les tous, ils te poursuivent et suit-le lui, le seul, il te fuit. Dommage que les séducteurs se perdent entre les millions de grains de sable de leur désert, lui comme moi la première.

     

    Je me suis alors découverte un océan de courtisans pour m’y noyer en remplacement, mais c’est ensuite à lui que j’ai pensé pour des lunes. Je me trouvai démesurément ridicule, totalement absurde. Ce devait être parce que je n’étais qu’une princesse trop choyée à qui rien n’avait jamais été refusé. Puis je me suis rappelée mon obnubilation pour le petit Félix dès mes 5 ans, que du plus loin que je me souvienne, il en fut toujours ainsi. Je me droguais depuis toujours avec le rouge des baisers qui me faisaient l’effet précieux d’exister. Présentement Fidji avec son sexe maladroit opposé m’était carminé à l’apogée. Il n’y a au fond (de chaque abîme), que le présent qui compte et quand il n’y a plus rien, il n’y a rien à perdre.

     

    J’ai continuer à errer trop de jours à penser à lui qui ne pensait pas à moi, à lui écrire en éparpillant le temps dans un gaspillage d’inutilités. Je n’éprouvais aucun remord ni aucune honte à l’embêter. Après tout, mon irrépressible envie était issue de l’un de ses souhaits et tant pis pour lui, de me laisser déçue avant même une première vraie déception. J’avais décidé de lui écrire jusqu’à m’en lasser sans savoir que je ne me lasserais pas.

     

    Pour entretenir impunément ma lubie puérile, ne surtout pas l’oublier puisque c’est ce qu’il espérait, je lui ai écrit et réécrit même quand il ne répondait plus, lassé ou effrayé par la folle de moi que je faisais. Il n’avait qu’à ne pas se déposer sur toutes mes lèvres avec sa langue enivrante au beau milieu de nulle part, sur une planète bleue aux océans salés par des humains qui y ont trop pleuré. Ça me faisait plutôt rire de lui écrire en l’imaginant frémir et j’avais malheureusement déjà prouvé ailleurs dans l’univers mon intelligence universitaire. De toute façon, on dit que la folie côtoie le génie et que le ridicule ne tue pas. La mort tuera bien assez tôt le ridicule, ce n’est pas ce dont on se souvient aux enterrements.

    Il me lisait terré ailleurs que dans ma tête en faisant semblant de ne pas exister depuis des années. Quant à moi, je faisais semblant d’exister depuis que j’étais terrassée sans moitié. Ce trou noir béant me suffisait pour lui écrire des planètes, encore et encore.

     

    ***

     

    Cher Fidji,

    Me grifferas-tu encore de ta plume électronique? C'est probablement ce que je mérite avec cette vague de courtisans qui déferle sur moi depuis que je suis moins seule. Une lune de plus et je songe encore à toi quand je m’endors. Je me demande à quoi tu rêves seul sur ton divan, si tu rêves seulement. Ton souvenir imprègne mes nuits sans oubli de ne pas t’avoir enlacé ni crié assez fort… Encore.

     

    J’ai encore envie d’être avec toi, de te sentir contre moi, en moi encore. Je voudrais que tu me fasses crier mille fois depuis ton néant pour y résonner, je n’arrive pas à me raisonner. J’ai bien goûté d’autres baisers en fermant les yeux pour t’oublier, ce n’était que pour te chercher. Je me suis mirée dans mille regards pour te croiser encore. Ton vide me trouble et je suis tellement tordue que ça me plaît.

     

    Sans toi j’irais en paix, je me complais dans cette obsession pour toi encore, encore et encore.

    A.

     

    ***

     

    Évidemment, il me crut un peu fêlée. Moi je savais que je l’étais complètement. Sans Justin, j’avais abîmé toute mon âme dans l’abîme. Je le savais trop usé par l’amour pour aimer, mais je le laissai croire à une crise d’érotomanie. Il n’accepta pas de me revoir. Pour ma part, je me dissimulais quand je le croisais au hasard. J’aurais été trop intimidée pour m’adresser à lui après avoir signé tous mes écrits. (Dans les rues de ce quartier montréalais qu’on nomme le Plateau, on y joue toutes sortes de comédies.)

     

    Je l’ai recroisé après plus d’une année en été. J’ose croire qu’il s’était déguisé. Il cultivait sous son nez un énorme truc en forme de cactus : une moustache dissuasive. J’ai pesté contre sa partenaire d’orgasmes qui consentait à cette injure oculaire. Elle devait peut-être elle-même arborer une pilosité sous les aisselles et il ne pouvait que vouloir à dessein procurer la même insulte visuelle…

    C’est que j’ai préféré m’imaginer qu’il ne s’endormait plus jamais seul sur son coussin trop étroit pour deux. Il m’avait fait très peur : il était possible de toujours s’enfuir seul au large, à dériver sans personne de magique avec qui planer pour voyager, rêver ou s’évader vers l’éternité en frôlant l’âge de la presbytie, soit la moitié d’une espérance de vie (ou la totalité puisque pourquoi espérer vivre sans aimer?). Il était possible de n’avoir connu qu’un calvaire d’amours éphémères pendant si longtemps que vivre dans une carapace pour en extraire des chansons – écrites avec le rouge de cœurs brisés - apparaît moins souffrant.

     

    J’ai ensuite réalisé que je lui avais autant écrit à cause d’un jeu de miroirs, ce qui  me glaçât le sang.

    Son reflet en fait me renvoyait à moi-même. J’aurais voulu changer ce que j’avais vu et le voir à la Une des magazines avec une amoureuse. Comment allais-je survivre si j’en avais pour autant d’années encore à commettre des étrangetés jusqu’à atteindre son âge? Une carapace serait lourde à porter et ne m’irait définitivement pas bien, oh non!

     

     

    D’ailleurs

    Sao Paulo, Belém, Itaïtuba et Rio de Janeiro - Brésil, été 2006

    J’ai alors souhaité l’autre bout du monde, comme si mon cœur lourd allait par magie s’alléger en avion. J’ai brûlé de quitter Montréal tellement intensément qu’on m’offrit l’humidité d’Amazonie la semaine suivante. J’avais oublié de me méfier des souhaits…

     

     

    Le temps des bêtes (dans une autre langue)

    Entre Montréal et Beyrouth - décembre 2006,  2007 aussi.

    … mon attrait envers les vieux trentenaires bizarroïdes gauchers, de signe astrologique poissons, aux cheveux foncés ébouriffés et au regard profond serait la faute à l’ADN. On serait à notre insu attiré par notre opposé génotypique afin de mélanger les gènes sans gêne pour fortifier la race humaine. (Il m’est plus aisé d’accuser la génétique que de m’expliquer mes bizarreries.)

     

    Pendant cinq années d’université à ses cotés, j’avais mémorisé son visage par cœur sans jamais l’envisager. Il fut mon précieux ami, une ultime fois platonique. Il m’embrassa en assoiffé à mon retour du Brésil en murmurant qu’il en fantasmait depuis l’an 2000. Ma peau d’extraterrestre le paralysa momentanément lui aussi.

    Ensuite nos nuits devinrent blanches et il réussit à se saouler de mes larmes pour que je ne puisse plus pleurer. Plus rien ne fut pareil.

    L’amitié entre les sexes opposés ne serait qu’un énorme mensonge de Pinocchio, qui fait non pas allonger les nez mais plutôt les sexes. Toutes ces années de pas perdus à l’ignorer de si près… J’ai dû marcher au moins jusqu’à la lune pour revenir près de lui.

    Sous le choc je lui interdis à lui aussi de tomber amoureux en quittant au galop son appartement orangé, mais j’y revins des mois qui s’accumulèrent en années. J’y avais un amant libanais pur sang qui me reprocha plus tard mon interdiction ridicule, celle que je transgressai sans faire exprès.

    On ne demande pas d’autorisation pour ces choses-là, chuchotai-je en m’enfonçant dans le creux du divan. J’allais disparaître dans le rembourrage. Il souleva mon chandail et me rattrapa. Il ancra sa joue contre ma peau en me fixant une éternité, le temps d’une unique larme renversée. À la lueur des chandelles, l’humidité coulante sous mon nombril brilla plus qu’une galaxie. Je saisis cette chanson qui jouait sur l’ordinateur en trame de fond et qui parle de serpents en argent : des dessins d’amants tracés avec leurs larmes sur leur corps. Il se leva pour se moucher.

    -          Je ne pleure pas habibi.

    -          Chou fi hayété ?! Il y a de l’eau dans tes yeux… Je ne voulais pas te faire cet effet-là.

    -          Juste mes verres de contact qui m’irritent mes yeux.

    -          Mais oui c’est ça…

    Il déposa un baiser sur mon front en me souriant tristement. Comme il ne trouva rien de plus pertinent à faire, il s’inventa un désir subit de retourner au Liban après avoir assouvit sa mégalomanie d’acquérir une dizaine de cliniques à Montréal, et il déclara que ça ne fonctionnerait pas nous deux parce que je ne parle pas arabe et que je ne suis pas baptisée et blablabla… Encore ce sordide jeu des ombres à se raconter celle du vent. On n’a donc pas voulu que ça fonctionne, mais l’amour ne demande pas l’avis des amoureux.

    À se voir pendant des mois en dépit du lubrifiant le plus glissant, on s’englue, on s’emmêle, on s’attache malgré nous et malgré tout jusqu’à ne plus pouvoir se séparer sans hurler. Une histoire qu’on proclame sans début ne reste qu’un moyen détourné de la garder infinie, éternelle. Ce qui n’a pas débuté ne peut qu’être sans fin.

    Ce sera encore un conte d’extraterrestre. Ce sera cent fins entre ma Montréal en rose et sa Beyrouth rouge sang, là où il ne voulait jamais m’amener pour m’éviter de décéder même si je me mourais tellement plus loin de lui.

    Par alternance durant maintes saisons, nous avons eu des élans d’aimants. Il parlait le terroriste et moi, l’extraterrestre. Si nos langues opposées se repoussaient par raison, elles s’espéraient alors encore plus fort. Si nos corps s’effleuraient par obligation, ils s’inséraient malgré nous toujours plus violemment. Je le souhaitai à en hurler, lui aimait me faire crier. Pendant qu’ici les média exhibaient leurs insipidités, je guettais les images de barbarie. Mon amour à égarer la raison était encore rouge à souhait.

    Deux ans déjà depuis mon amoureux motard Justin, cet amant de deux soirs rock star, tous ces courtisans innocents que j’ai écorchés au passage et maintenant mon rêveur aimanté tout déchiré entre les continents le soir, pour que je capitule. Je suis une extraterrestre et mes amours ne seraient donc jamais terrestres. Ainsi soient-ils.

    August 15

    Aide humanitaire : Vosh Québec 2007-2008 (avec padre Labine)

    SVP faire suivre

    ***

    Projets VOSH-Québec 2007-2008 (Volunteer Optometric services to Humanity)

    LaBarca Mexique le 16 novembre 2007 

    Sénégal  17 janvier 2008 

    Maroc début mai 2008  

    Equateur juillet 2008  

    Mexique  novembre 2008

    ***

                 Bonjour !

    Alors finalement, pour ma part ce sera peut-être le Maroc en mai 2008, mais à confirmer, puisque c'est dans longtemps.

    M'écrire pour plus d'infos si intéressés par certains projets. Voir également ces sites web :

    VOSH Québec :              http://www.vsantacruz.org/fr/

    VOSH international :          http://www.vosh.org/


     

    August 09

    Centre Multi-Canin Yogi de Laval

     
    Une amie vient de m'informer que sa famille a aussi acheté il y a quelque temps un chat domestique (gouttière) à cet endroit et qu'ils ont eu de gros problèmes. Le chaton ne mangeait pas, alors on l'a amené chez le vétérinaire. Diagnostic : il a été séparé trop jeune de sa mère et il a fallu lui administrer à la main un genre de mélange spécial pendant des semaines.
     
    C'est vraiment cruel de séparer une petite bête trop tôt de sa mère, avant même qu'il soit sevré du lait maternel, et de surcroît, de le vendre la totale et qu'on soit obligé de payer des frais de soins vétérinaires ensuite.
     
    Je connais trois chats qui viennent de là et les trois ont éprouvé des problèmes de santé nécessitant une visite ou plus chez le vét. Le mien n'a pas même survécu un mois et ils se déchargent de toute responsabilité, ce serait peut-être même de ma faute selon eux.... 455$ au vent pour un chat en mauvaise santé, c'est cher payé pour en plus se faire traiter de mauvaise maîtresse, moi qui aie eu des chats toute ma vie !!!
    Alors vous qui lisez, réfléchissez bien avant d'acheter quoi que ce soit à cette animalerie o_O 
     
     
    July 18

    Maux d'amours

     
    Maintenant tu me manques immensément et je me manque encore à chuter pour hurler en silence... À ne pas en avoir jamais assez de toi, quand tu veux rester à m'inspirer dans tes baisers étoilés et moi faire cent éclats et tout terminer.
    C'est une histoire infinie et sans début qu'on voudra écrire avec nos maux d'amours sans fin ou plutôt est-ce avec cent fins ? À réfléchir comme des aimants devenus amants ou des miroirs en devenir, à nous essouffler la nuit sans se dire esseulés par des mots qui ne se laissent pas souffler avec nos langues muettes qui s'espèrent et nos corps qui s'insèrent.
     
    Moins je saurai de plus en plus me passer de toi, voilà.
     
     
    July 14

    Chats ou chiens d'animalerie : attention aux larmes et aux déceptions !!!

     

    Vous m'avez vue récemment sur ma photo de présentation avec un mignon petit chaton siamois prénommé Lancelot... J'ai retiré la photo pour la remplacer par une autre parce que le pauvre Lancelot est maintenant décédé.

    Voici l'histoire.

    Mes parents ont aquéri il y a deux ans environ un chat siamois prénommé Griffon suite à la mort de notre Peanut atteint d'un cancer, vénérable chat de gouttière de 11 ans né sous notre toit. Ayant noté la personnalité particulièrement attachante de cette race de chats, je désire m'en procurer un moi aussi. Griffon fut acheté dans une animalerie, Yogi ou plutôt la compagnie à part mais située dans la même boutique : Centre Multi-Canin Inc. sise au 381, boulevard des Laurentides, Laval, QC H7G 2T9 (partie sud du boulevard des Laurentides à Laval). Griffon était atteint d'une infection bactérienne bénigne au niveau des yeux quelques jours après son achat, soignée aux frais de l'animalerie. Un mois plus tard environ, son vétérinaire nous informe qu'il souffre aussi d'une infection chronique aux gencives. Effectivement, il a une très mauvaise haleine et nous devons lui brosser les dents avec un produit spécial pendant semaines pour le traiter. Comme c'est un chat très attachant, je passe outre ces petits inconvénients et je décide de me procurer moi aussi mon petit chat à cet endroit.

    À ce moment, il n'y a aucun chat siamois disponible. On m'offre de noter mes coordonnées  pour m'appeler dès que ce serait possible, ce que je fais en mentionnant que je désire un chaton mâle de couleur seal point (couleur classique de siamois). Quelque temps après, on me téléphone à cet effet. Comme il n'y a qu'un seul mâle dans toute la portée, je laisse un dépôt sur l'animal pour qu'on me le réserve jusqu'à mon retour de voyage (je quittais une semaine en Europe) sans l'Avoir vu, la gaffe. Le chaton était né le 21 mars 2007 et nous étions le 17 mai lors de la vente. Je prends possession de l'animal le 30 mai au coût de 455$ incluant les taxes et un premier vaccin.

    Lancelot est adorable quoique très petit et je m'attache rapidement à lui. Pendant la première semaine, il miaule d'une drôle de manière et mange peu, je me dis que ce doit être le choc du changement de milieu pour l'appétit et pour le miaulement, que ce devait être sa voix naturelle atypique... Le temps passe et il grossit un peu. Mais le 22 juin, je le laisse chez mes parents pour le faire garder pour la fin de semaine parce qu'il est si petit et qu'il dort avec moi la nuit. Griffon, leur chat siamois de deux ans qui ne sort jamais dehors, en prends soin comme s'il était une femelle. Mes parents blaguent parce qu'ils trouvent que le chaton miaule d'une voix rauque... il miaule mal et c'est rigolo. Je le reprends le dimanche et le mardi, je remarque que mon petit chat respire très rapidement, chose que je mets alors sur le compte de la chaleur puisqu'il fait alors assez chaud. Toutefois le lendemain est beaucoup plus frais et lorsque je rentre du travail vers 21h, je remarque que Lancelot paraît souffrant et respire toujours de façon anormale. Inquiète, je l'amène directement à l'urgence vétérinaire et il est vu à 22h.

    Le vétérinaire de garde me dit qu'il n'est pas certain diagnostic, mais que c'était probablement un virus et pas un coup de chaleur, qu'il n'y avait rien à faire d'autre que d'attendre que ça passe, un peu comme une grippe d'humain.  Il m'offre de l'hospitaliser, en me disant qu'il ne croyait pas pour l'instant que ce soit vraiment requis. J'avais comme un pressentiment et je lui demande en ces mots : est-il en danger de mort ? Il me répond que non un peu moqueur, que je devais observer son état mais que d'après lui il serait totalement remis d'ici une à deux semaines. Je suis rassurée, je paie les 160$ de la consultation en urgence et je rentre chez moi. Vendredi et samedi, Lancelot respire toujours rapidement, mais son état me semble stable. Toutefois, c'est le drame dimanche matin. Le pauvre chaton me réveille tôt le matin en me donnant des petites tapes sur le visage. Il respire vraiment difficilement. J'ai à peine le temps de m'habiller pour le ramener chez le vétérinaire qu'il suffoque et décède dans mes bras. Je vous passe la scène tragique... Nous sommes dimanche le 1er juillet et tout est fermé. Je décide d'enterrer mon chat chez mes parents et j'avise l'animalerie du décès en laissant un message sur leur boîte vocale.

    On me contacte à cet effet le mardi suivant. Sur le contrat de l'animalerie, on m'avise que l'achat de Lancelot n'était garanti que 10 jours contre les virus et 1 an contre les problèmes génétiques. La demoiselle m'avise que j'aurais dû leur rapporter l'animal congelé pour autopsie à mes frais... pour voir s'ils pouvaient quoique ce soit pour moi. À noter que le temps d'incubation de plusieurs virus est souvent de 2-3 semaines et qu'ils se déchargent de cette responsabilité dans une clause interprétable. Je leur fais parvenir le rapport de la consultation vétérinaire en mentionnant qu'aucun diagnostic certain n'avait été posé à leur demande. On m'offre alors un crédit de 200$ sur un chat seulement (pas sur la nourriture ou un autre produit) en me mentionnant qu'on me fait une grosse faveur parce que ce n'est pas dans le contrat. Les chats siamois sont vendus à ce moment 350$, mais je remarque qu'on augmente discrètement le prix pour moi à 400$+tx. On m'avise de revenir dans une semaine pour voir un chaton et on reprend mon contrat pour me donner une note de crédit écrite, valide dans les trois mois. Je me sens flouée en plus de la déprime engendrée par la mort de mon petit Lancelot, mais j'accepte sans trop réfléchir. La semaine suivante, on me montre un nouveau chaton un peu plus gros et je questionne sur les vaccins... il n'a pas reçu celui qu'il devait avoir tel que prévu et on n'a pas son carnet de santé la journée où je dois en prendre possession.  Je dois revenir le chercher dans une autre semaine, le temps de le vacciner à ma demande, (sinon je pouvais partir avec tout de suite sans son vaccin et une chance que j'ai questionné !). La désorganisation !!! À ce moment, Griffon le chat de mes parents développe lui aussi ce genre de grippe (problèmes respiratoires) deux semaines après avoir été en contact avec le mien. Le vétérinaire de mes parents ne trouve rien suite à plusieurs tests et mentionne que mon chaton avait probablement un autre problème de santé pour ne pas survivre à ce banal virus. Griffon guérit rapidement. La consultation et les test ont coûté 90$ à mes parents qui ne voulaient surtout pas prendre de chance suite au décès du mien. 

    Comme je désire toujours un chat siamois et que je suis méfiante de l'animalerie durant ma semaine d'attente qui me permet d'analyser la situation moins sous l'emprise de l'émotion, je contacte alors plusieurs éleveurs. La plupart sont catégoriques : mettre en vente un chaton avant l'âge de 4 mois avant ses 2e vaccins est malhonnête et ce n'est pas normal que le mien soit décédé après un mois, j'ai probablement acheté un chat déjà malade qui avait tout juste 2 mois, et ce, si on ne m'a pas menti puisqu'il était très petit. Plusieurs éleveurs ainsi qu'un vétérinaire pensent qu'il devait souffrir du sida félin, une maladie qui détériore le système immunitaire et qui aurait été transmis dans son cas de la mère au foetus (pas contagieux pour les humains), ce qui explique peut-être qu'il serait mort d'une simple grippe. Ce ne sont que des hypothèses pour tenter d'expliquer mon petit drame. Un chat adopté d'un éleveur coûte environ 700$ avec tous les vaccins et la stérilisation. Celui auquel je ferai confiance me donne une garantie de 5 ans pour le décès en me mentionnant qu'il aimerait recevoir des photos de son animal et de l'informer de tout problème de santé ou autre. L'éleveur me paraît être un amoureux des chats et il me parle une heure au téléphone, sans doute pour s'assurer que j'allais prendre bien soin de son petit protégé qu'il laisserait aller. Plus rassurant que l'animalerie quand la vente s'est conclue en moins de cinq minutes par quelqu'un qui n'était pas en mesure de répondre adéquatement à toutes mes questions.

    Je suis néophyte en ce domaine, donc  j'ai été très naïve.... J'ai avisé l'animalerie par téléphone que je ne débourserai pas pour le 2e chat qu'on me proposait finalement, par conscience pour ne pas qu'on le laisse dans sa cage. Le message n'a vraisemblablement pas passé parce qu'on m'a rappelée quelques jours plus tard pour me demander quand je viendrai le chercher... J'ai réexpliquer mon cas de long en large, ils font définitivement preuve de désorganisation à cet endroit. Je ne suis donc plus étonnée outre mesure qu'ils vendent des animaux malades... On m'a dit qu'une Valérie me recontacterait à son retour de vacances pour voir s'il pouvait y avoir une autre entente, un crédit quelconque sur des accessoires ou de la nourriture par exemple. La Valérie ne m'a jamais rappellée et moi je n'ai plus eu envie de me débattre avec ces incompétants manifestes en matière de service à la clientèle. Ils m'ont escroquée, mais ce sera la dernière fois et tout mon entourage est au courant. C'est triste qu'on parle ici d'un commerce d'êtres vivants et que pour une paire de jeans de 200$ par exemple, on m'aurait fait un échange sans question, mais pour un chat il y ait moins de considération, je me suis sentie comme si j'importunais le personnel de Yogi avec mon histoire... Fin de l'histoire, je me sens flouée de plusieurs centaines de dollars, je suis extrêmement amère de mon expérience surtout parce que je m'étais attachée à mon petit chat qui dormait avec moi toutes les nuits et je déconseille donc à tous d'acheter des félins à cet endroit.

    En résumé toute cette aventure  avec le Yogi de la ville de Laval, m'a coûtée 455$ pour l'achat et 160$ pour le vétérinaire, ce qui est tout près du prix d'un chat d'élevage, chose que j'aurais due envisager dès le départ. Mes parents ont aussi déboursé 90 $ pour faire traiter leur chat qui a été contaminé par son contact avec le mien. Il m'aurait aussi fallu ajouter 200$ pour la stérilisation et le 2e vaccin à l'âge de 3 mois... donc pour un coût total supérieur à celui d'un chat d'élevage. Inutile de vous dire que je ne remettrai pas les pieds à cette animalerie et que je me moque bien du crédit de 200$ valide seulement sur l'achat d'un autre chat siamois qu'il me factureront près de 300$ encore (455$ - 200$ de crédit + coût du 2e vaccin à ma demande)... probablement aussi malade ou atteint du sida félin. Le décès de mon petit Lancelot fut une tragédie amplement suffisante pour me faire comprendre la raison d'être des éleveurs.

    Maintenant pour conclure, je dis à toutes les personnes qui désirent adopter un chat ou un chien d'une animalerie de prendre toutes leurs précautions !!! Si vous ne désirez pas un animal de race, je vous suggère de vous diriger plutôt vers la SPCA. Vous aurez un animal dont la santé aura été adéquatement évaluée en plus de poser une bonne action. Pour les autres comme moi qui désire une certaine race, se diriger vers un éleveur demeure le choix à privilégier. À noter qu'il existe plusieurs associations d'amoureux de certaines races félines ou canines qui peuvent vous recommander des éleveurs et qu'un éleveur sérieux prendra le temps de vous connaître un peu avant de vous confier ses protégées

    Voilà mon histoire. Alors à tous ceux qui désirent se procurer un chat ou un chien dans une animalerie... attention aux larmes et aux immenses déceptions et frustrations !!! Vraiment personne n'a besoin de ça au quotidien, surtout payé à ce prix. Acheter un chat de cette animalerie Yogi ou Centre Multi-Canin de Laval, c'est aussi acheter d'énormes problèmes.

     

    March 27

    De retour du Sahara - mission Tunisie, être yeutiste sans aucune frontière... ou presque !!!

    Alors finalement je suis de retour d'un périple de deux semaines au pays des dromadaires.
     
    Je n'ai pas pu vous écrire personnellement tel que promis. C'est qu'en Tunisie, on m'a expliquée que plusieurs choses sont sous contrôle gouvernemental, notamment Internet. Il était très difficile de trouver un poste informatique branché et lorsque c'était le cas, le réseau s'avérait extrêmement lent. Là-bas, les cafés Internet n'existent vraisemblablement pas...
     
    Nous avons décollé de Montréal le 10 mars et nous avons commencé la clinique dès le lendemain matin de notre arrivée à 7h30 dans la ville de Nefta en Tunisie, un petit oasis perdu dans le désert... Ouch pour le réveil plutôt raide avec les 5h de décallage horaire! Aussi, malgré une lettre d'autorisation spéciale, on nous a confisqué temporairement nos caisses de lunettes usagées à l'aéroport de Tunis pour 48h, ce qui nous a retardé dans notre travail auprès des populations. Nous avons manqué annuler la mission faute de lunettes  usagées à redistribuer et lorsque nous étions sur le point de tout remballer et quitter la place, miraculeusement nos boîtes nous furent parvenues.
     
    Et puis ensuite, nous fûmes ''accueillis'' puisque c'est un grand terme pour l'accueil mauvais, par le club des Rotaries de Tunisie. Nous avons entrevu un homme se disant le représentant à notre arrivée à l'aéroport de Tunis. Il nous a pris en photo, ça paraîtra bien dans les journaux tunisiens j'imagine, puis il s'est enfui aussi vite que son flash de caméra, en nous laissant pour compte. Habituellement dans ce genre de mission, le représentant qui nous accueille reste avec nous pour s'assurer du bon déroulement de la mission et aussi de coordonner notre sécurité puisque les lunettes peuvent être volées, pendant toute la durée du séjour...
     
    Notre clinique d'optométrie se déroulait dans un hôpital. Le directeur de cet hôpital a affirmé qu'ils avaient été avisés de notre arrivée seulement deux jours à l'avance, alors que l'information avait été envoyée depuis 6 mois, soit septembre 2006... Ça commençait bien mal. Ce sont les employés de cet hôpital qui se sont littéralement appropriés tous les tickets remis pour passer des examens de la vue, plutôt que de les distribuer aux gens défavorisés. Nous avons donc examiné trop de gens aisés ou à tout le moins en mesure de se procurer par eux-mêmes une paire de lunettes... Assez frustrant ! D'autant plus que ces pharmaciens, infirmières et autres se permettaient de faire les becs fins sur les lunettes usagées remises gratuitement. Dans ce genre de mission, nous disposons toujours de traducteurs pour toute la journée. Les nôtres nous ont laissé tomber lorsqu'ils ont réalisé que nous refusions de passer des examens à tous leurs amis et familles et clan au complet plutôt qu'aux véritables nécessiteux. Ils nous étaient sympathiques que seulement s'il y avait quelque chose à soutirer de nous... sinon nous devions subir leurs mauvaises humeurs suite à notre refus de céder à leurs demandes abusives. Des opportunistes profiteurs !
     
    Nefta est une ville d'environ 22 000 personnes et nous avons toutefois dépisté environ 6 000 personnes, dont plusieurs défavorisées qui avaient réellement besoin de notre aide. Là-bas, il y a beaucoup de mariages entre cousins directs, je crois que ce n'est pas étranger à toutes les prescriptions bizarres et aux fortes amétropies auxquelles nous avons fait face. Il y avait aussi un nombre effarant d'enfants souffrant de strabisme ou d'amblyopie. Nous avons fait du dépistage dans les écoles, dont celle de Hazoua, un petit village pauvre près de la frontière algérienne. Mais à chaque fois, la même histoire se répétait. Les professeurs se présentaient à nous par dizaines. Au début, j'ai cru qu'ils venaient nous donner un coup de main avec les élèves. Mais non ! ils voulaient plutôt se faire examiner au détriment des enfants. On ne peut pas examiner les 22 000 personnes de là-bas et qu'il faut donc prioriser les besoins : les enfants et les gens âgés... Il nous fallait remballer nos choses et quitter avant que ces professeurs fassent venir les enfants vers nous... Finalement, nous avons certainement aidé de nombreuses personnes dont des enfants, des personnes âgées et des Berbères assez nécessiteux, mais nous étions bien amers face à l'accueil qui nous fut réservé par les responsables tunisiens de notre mission.
     
    Et puis enfin le dernier jour, nous avons rencontré l'ultime responsable de toute cette mauvaise organisation, un médecin membre des Rotaries, le Dr Zargouni ou Zargoui ? Il n'avait pas réservé notre hôtel suffisamment longtemps pour toute la durée de notre séjour et nous avons été obligés de trouver un autre endroit pour les deux dernières nuits à Nefta, un long congé férié donc tout était complet. Nous avons donc passé la dernière nuit dans un horrible endroit, un dortoir d'une auberge de jeunesse. À noter là-bas que ces endroits sont réputés pour être insalubres. L'eau courante et la toilette ne fonctionnaient d'ailleurs pas pour corroborer les écrits des livres touristiques sur la Tunisie qui déconseillent fortement à tout voyageur d'y passer la nuit. Juste avant cette pénible nuit aux odeurs épouvantables, notre gentil médecin a eu la ''délicatesse'' de nous organiser une fête d'au revoir à sa gigantesque demeure au luxe indécent comparativement aux conditions de vie du Neftien moyen : un buffet d'excellente cuisine tunisienne à son palais. Il avait invité des gens qui semblaient importants et nous avons mangé ''avec eux''en deux groupes séparés, puisque ces Tunisiens ne se sont pas mêlés à nous. Nous sommes ensuite repartis à pieds pour gagner notre dortoir miteux pendant que lui devait se prélasser dans son château, et par sa faute en plus, parce que nous étions tous prêts à payer très cher si nous avions pu être relogés ailleurs. Il n'avait pas fait son travail de réserver l'hôtel pour notre groupe assez à l'avance et les hôtels étaient tous complets en cette soirée à cause d'un congé férié... J'espère ne plus jamais rencontré un personnage aussi opportuniste que cet affreux docteur Z. qui a tiré un prestige certain à avoir ''organisé'' notre mission à Nefta auprès de son gratin.
     
    Après cette première semaine de clinique forte en émotions pas très positives, nous avons visité le désert et plusieurs villes de Tunisie : Tozeur, Matmata, Chenini, Sousse, Tunis, etc. La Tunisie est un beau pays, mais j'ai trouvé dommage qu'on gâche des ruines vieilles de plusieurs siècles par des boutiques attrape-touristes tout juste à côté. Des enfants nous poursuivaient parfois dans toutes les villes visitées, en quémandant des stylos et lorsque nous leur avions tout donné à Nefta, nous nous sommes faits lapider. Ils nous ont lancé des cailloux et passaient près de nous en crachant au sol. Pas très sympathiques... Et le rapport entre les hommes et les femmes est très différent de celui de Montréal, même si on rapporte que la Tunisie est l'un des pays de l'Afrique du Nord le plus ouvert. À Nefta, il y avait très peu de femmes dans les rues et les cafés n'étaient occupés que par des hommes. Je n'aurais pas osé m'y aventurer sans mes compatriotes masculins. La plupart des Neftiennes portent le voile et certaines refusaient de se dévoiler lorsque venait le temps de leur ajuster leurs lunettes derrière les oreilles... même par d'autres femmes, dont moi et malgré l'encouragement logique (et non lubrique) des hommes assis à côté. Un choc des cultures ! À Tunis par contre ou dans d'autres villes plus importantes, il n'était pas rare de voir des femmes sans voile et occuper des emplois comme policière ou autre traditionnellement réservés aux hommes.
     
    Et puis encore une fois, j'étais l'extraterrestre, la seule fille blonde parmi notre groupe de Canadiens et de presque tout Nefta. J'ai opté plusieurs fois pour me recouvrir les cheveux, les Neftiens étaient parfois harcelants. J'ai eu droit à plusieurs surnoms, outre le typique gazelle nordique (là-bas, on dit gazelle comme on dit nana en France), mais aussi Shakira sans même qu'ils sachent que je danse le baladi. Enfin, ce n'était pas méchant, seulement énervant que d'être l'animal rare après deux semaines ainsi. La célébrité ne m'irait définitivement pas bien.
     
    Voilà pour mes nouvelles aventures au milieu de nulle part pour le moment.
     
    Conclusion : si je retourne en Tunisie, parce qu'on y danse bien et que les dromadaires sont tout de même craquants, le désert magnifique et le couscous excellent, ce ne sera pas pour soigner des yeux, mais plutôt pour me prélasser en vraie touriste sur une plage au bord de la mer. Il y a tout de même des limites à profiter de notre aide humanitaire !
     
    February 11

    Chronique musicale : Arcade fire - show du 10 février 2007

    Alors c'est à mon tour d'écrire une critique musicale (biaisée d'avance) :

    En ouvrant la porte du taxi, un homme m'assaille pour m'offrir de l'argent pour notre paire de billets. Non et non! pas même pour 500$ quand la paire en vaut 50$ (j'espère intérieurement toutefois que ça en vaudra la peine). Il y a une file même si les portes sont déjà sensées être ouvertes... Ils nous laissent grelotter comme ça dehors un moment. On est tout de même à Montréal en février et il fait noir et froid. Laissez-nous entrer tortionnaires !

    Et puis ça y est, on pénètre dans ce drôle de lieu qui ressemble vaguement à une église avec de gros bancs en bois massif. La salle est petite et évidemment à cause du nouvel album, il y a une bible de néon qui orne son milieu. J'ai une drôle d'impression, l'ambiance est étrange, les vibrations sont bizarres, comme celles qu'on éprouve quand on se retrouve entre amis pour une séance de spiritisme même sans trop y croire... Il n'y a pas de première partie pour ouvrir le spectacle. Les dix musiciens prennent place et le tout commence presqu'à notre insu.

    Pour ceux qui les connaissent mal, ce n'est pas un son pour y danser le baladi. Tout le monde est presque immobile et plongé dans un état à mi-chemin entre le recueillement et la contemplation, une transe collective. Les yeux fermés, on n'ose pas bouger de peur de manquer quelque chose, on s'imprègne de musique et d'émotions. Dire que le son est bon est un euphémisme... On ne veut jamais que ça s'arrête, comme un orgasme auditif, même si les musiciens sont loin d'être sexy. Mais ça fait partie de leur décor, j'adore. C'est le plus splendide des capharnaüms musical.

    Et puis c'est déjà terminé. Les bonnes choses finissent toujours trop vite alors qu'on sait tous que c'est le contraire pour les mauvaises...

    On se dirige au vestiaire pour vite récupérer nos manteaux, mais ils nous immobilisent volontairement dans un petit coin. On est plus entassés que les flocons d'un banc de neige et c'est très long. On veut nos manteaux et se casser ! La foule devient claustrophobe. C'est la grogne. Mais tous se taisent quand les dix musiciens fendent la foule avec leurs instruments brandis dans les airs pour jouer une dernière chanson unplugged au milieu, juste à côté de nous. I am a superstar!... mais à tout le moins c'est plus que vérédique dans leur cas (et de toute façon, vous me direz que je n'ai pas de leçon à donner côté prétention ;). J'ai eu peur pour eux qu'ils décèdent comme Jean-Baptiste Grenouille, à cause de leur son et non de leur parfum, mais nous sommes un public gentil à Montréal et ils pourront continuer leur tournée avec tous leurs membres.

    À mes oreilles, ce fut l'un des meilleurs shows que j'aie entendu. On en ressort emplis d'une superbe vibration. Ce fut en un mot : Woaw !

    Alors la prochaine fois qu'ils se produisent, ça vaudra la peine de se lever tôt pour obtenir des billets dès l'ouverture des guichets (un peu avant 9h, je suis un Tweety de nuit...).

    A.

     

    December 06

    Montréal 8 août 2006

    Salut amigos,

    alors ceci est donc le dernier courriel que vous recevrez de mes aventures. C'est que comme je suis revenue en ville (mais pas encore fonctionnelle toutefois, ne me submergez pas tout de suite !!!), je n'apprécie pas les relations par Internet, plutôt froides vous comprendrez, sauf lorsque c'est tout ce que l'on possède comme moyen.

    Je me sens plutôt ingrate, puisque je surnage dans les banales choses du quotidien à régler suite à mon absence (paiements opto à compiler, factures, condo, démission d'un bureau pour changer pour mieux, vous connaissez...). C'est comme s'il y avait eu un trou temporel noir pour moi, donc j'ai moins de motivation à vous raconter mes trois dernières journées, deux à Rio et une dernière à visiter Sao Paulo avec un Paulista. De toute façon, je pourrais vous rendre jaloux et ce serait de toute évidence plus agréable en personne autour d'un verre ou d'un déjeuner tardif, avec du sirop d'érable comme il n'y en a pas au Brésil... c'est aussi que je deviens toute heureuse avec un rien depuis mon passage en Amazonie !

    Pour ne pas conclure platement, parce que je n'ai pas cette méchanceté de vous laisser en haleine, voici je m'efforce d'abréger :

    Samedi

    Les pieds dans les vagues de Copacabana le matin et deux caipirinhas avec Fernando pendant que Candace magasine. Visite du Corcovado et fuite de la boîte à touristes pour assister à un match de soccer au Maracana (c'est qu'ils sont fous ces Brésiliens...). Blanc de mémoire pour le soir, je vous laisse imaginer...

    Dimanche

    Encore des plages, Ipanema et Copacabana. On a assisté à un spectacle de danses locales le soir, vraiment bien. Souper avec Fabio aussi, à Lappa.

    Lundi

    Arrivée matinale à Sao Paulo où nous devions prendre notre vol de retour en soirée. Visite de la ville avec Fernando. Elle est un peu moins laide, mais toujours aussi monstrueuse à mon avis et le musée était fermé le lundi.

    Mardi

    Arrivée à Montréal enfin !!! après 18 heures dans les avions et les aéroports, avec nos tronches de déterrées vivantes. C'est que c'est très loin Sao Paulo et qu'on ne dort pas bien dans les sièges d'Air Canada, malgré le vin rouge et les habituels Gravols.

    Conclusion de mon voyage (et oui encore):

    - si quelqu'un vous invite en Amazonie, préparez-vous à une vie moins choyée qu'à Montréal ou abstenez-vous. N'imaginez pas que c'est une terre de rêves et pour les gars, les Amazones ne sont plus qu'un fantasme.

    - Rio est surnaturelle et magique, ce que j'aimerais y retourner, mais elle est tellement loin !!!

    - Je me demande si c'est l'endroit où nous habitons qui influence notre personnalité ou si ce sont les gens qui font l'esprit d'un endroit (parce que les Cariocas sont de bien drôles de personnages et les Paulistas au contraire, tellement sérieux, que dit-on des Montréalais?). 

    Voilà, c'est finalement tout. À bientôt enfin en français. Quand je cesserai de mélanger le français, l'anglais et le portugais, j'imagine que ça signifiera que je serai vraiment fonctionnellement de retour, je vous aviserai. Pour la crémaillère, je prévoie plutôt septembre, juste avant mon anniversaire exprès pour vous faire sentir coupable si vous ne venez pas. Je vous aviserai de cela aussi.

    Annie

    Rio de Janeiro 5 août 2006

    Alors, oui je suis toujours en vie et non on ne m'a pas enlevée et vendue comme esclave... même si je ne vous ai pas écrit depuis mercredi. C'est que j'étais trop captivée par Rio. Nous n'aurons définitivement pas le temps de tout voir en une semaine ici.

    Pour la suite :

    Mercredi  : je ne me souviens pas tellement... c'est que je perds encore ma perception spatio-temporelle en voyage. Nous avons passé une nuit bruyante et infernale à notre pousada suggérée dans mon guide, mais que je ne recommande pas !!! puis changé d'hõtel à la suggestion de Fernando, beaucoup mieux pour 5 $ de plus... Nous avons passé la journée avec les copines de Candace qui rentraient à Montréal ensuite. Le soir, nous nous sommes empiffrées d'excellents sushis pour presque rien dans le quartier Leblon, très beau.

    Jeudi : Fernando nous a finalement rejointes. Nous avons lunché dans une chouraskaria? Nous avons visité le Pao açucar (montagne en forme de pain de sucre, filmée d'ailleurs dans un des films du 007). Évidemment avec lui, en soirée on se devait d'aller prendre une caipirinha dans un endroit où ils chantent et dansent le samba. Nous avons abouti au Sacrelium? connu ici, dans une partie plus recommandable de Lappa. La chanteuse et les musiciens étaient vraiment talentueux, l'ambiance chaude mais sans prétention, et puis tous dansaient, sauf Candace et moi. C'est que je ne ne me sentais pas de taille comparée aux Cariocas... Rio me rappelle un peu Montréal où il y a une foule de petits endroits chouettes un peu partout qu'on ne trouve pas nécessairement au premier regard, puis l'architecture se définit par un mélange d'influences, du Portugal évidemment, mais aussi de la France. Il y a aussi de jolies montagnes et l'océan en plus et nous sommes en hiver avec 22 degrés ensoleillés aujourd'hui...

    Hier vendredi, détour à la policia federal pour enfin finaliser nos visa. Mieux vaut tard que jamais, car nous ne voudrions pas rester prises à l'aéroport de Sao Paulo lundi. Je vous épargne les détails vraiment burlesques de la bureaucratie brésilienne. Une chance que Fernando nous accompagnait pour la langue. Ensuite á notre sortie, nous sommes allés luncher, il était 17h vous imaginez... à la Confeitaria Colombo. C'est une confisserie qui date de 1890 vraiment impressionnante. Il y a des miroirs avec des boiseries travaillées hautes de peut-être 6 m partout. Je me suis sentie comme dans l'un des décors d'Alice au pays des merveilles. Nous avons terminé la journée en faisant les boutiques de musique locales et en buvant des noix de coco sur la plage.

    Voilà, Fabio qui habite ici nous rejoindra tôt demain. Le temps passe trop vite ici, Rio est magique et ce n'est même pas le bon temps pour la visiter. Il me faudra revenir.

    À trop bientôt, 

    Annie

    Rio de Janeiro 1er août 2006

    Lundi 31

    Apres vous avoir ecrits hier, nous nous sommes baladees sur les pages de Copacabana et d Ipanema, puis aux alentours. Rio est une ville vraiment extraordinaire. Encore de ces extremes bresiliens. Autant j ai deteste Itaituba et je ne voulais plus jamais revenir au Bresil, autant je me dis qu il ferait bon vivre ici tellement les paysages sont superbes et l ambiance, simplement bonne. Mis a part les injustices sociales criantes de la societe bresilienne, je crois bien que je dois avouer de mauvais gre que Rio est plus jolie que Montreal, pour ses plages, pour ses dizaines de petites montagnes hautes et pointues en bordure, pour tous ces commerces, bar et resto parfois vraiment dissimules.

    Nous avons celebre notre retour a la civilisation comme il se doit avec des petits plaisirs feminins simples, mais combien ca fait du bien...

    Apres notre balade sur la plage, nous avons lunche a 15h dans un resto au bord de la mer. Enfin on pouvait decider de l heure de nos repas. Il y avait a la table d a cote, ce que l on appelle ici un gringo, un etranger rouquin aux yeux bleus presbyte depuis longtemps, pas tres beau et trop vieux pour nous, accompagne de deux minuscules filles bresiliennes d environ 12 ans, donc certainement plus jeunes en realite. On a eu un choc quand on a constate que l une d elle avait son pied entre les jambes du monsieur et faisait vous imaginez quoi, en ce resto quand meme chic. Ce fut difficile de refrener mes envies de me lever et de trebucher sur la chaise de la fille afin que son pied s enfonce brutalement dans la chaire flasque gringoeste... quel con !!!

    Puis un peu degoutees, nous sommes allees magasiner les bikinis bresiliens avant l arrivee de Fernando tout de meme, puis les souvenirs et surtout nous occuper de nos propres pieds. Apres la marche dans la foret amazonienne pieds nus, ils etaient eprouves, donc pedicures et manucures pour nous deux. Ce n est vraiment pas dispendieux ici et nos ongles ont maintenant l air de bijoux. Le soir, on est allees au cine, car on etait fatiguees. Ca faisait bien depuis debut mai que je n avais pas regarde de film. Les films locaux ont vraiment l air tres interessants, mais nous n y aurions rien compris en portugais. Les films americains ne sont pas traduits, donc en anglais avec sous-titres.

    Aujourd hui mardi, nous rencontrons des amis de Candace de passage ici aussi depuis 6 mois. C est dire qu ils connaissent plus la ville et la langue que nous. Fernando est encore suppose nous rejoindre, mais demain seulement, on verra... On ne deplacera pas nos vols plus tot par contre, avec ou sans lui. C est assez chouette ici, d autant plus que ca prendrait beaucoup plus qu une semaine pour tout visiter avec les alentours. C est meme un endroit ou j aimerais revenir en ete (hiver quebecois) un de ces jours, s il y a des volontaires ?

    Amazonie 31 juillet 2006

    Dimanche 30

    Nous nous sommes encore réveillées tôt, mais c'était pour une bonne cause, notre vol de départ d'Itaituba !!! Enfin le retour à la civilisation, de l'eau chaude et de l'eau presque propre pour la douche, un lit et un oreiller confortable plutôt que ce nid de brousse pour dormir... Nous avons repris ce petit avion qui  fait aussi la livraison de lait  jusqu'à Belém. Nous avons pu regarder des airs une dernière fois le paysage amazonien en notant l'embouchure du Rio Negro où les eaux sont de deux couleurs, noires à cause  des plantes à caoutchouc et jaune limoneuse d'un autre cours d'eau. Carlos m'a dit qu'ici, ils surnommaient notre compagnie aérienne Rico, Risco... J'ai encore angoissé à chaque décollage et atterrissage...

    Sur le long vol de Belém-Sao Paulo-Rio, nous avons encore eu des retards. Un gars de Belém était assis à côté de moi de jusqu'à Brasilia, la capitale du Brésil. Il ne connaissait pas Itaituba malgré ma carte du Brésil et il était très surpris que nous puissions sortir de cette ville par avion. Il m'a dit que dans ce genre d'endroit, habituellement il y eut d'abord le fleuve, puis le port, une église et enfin quelques maisons. Il avait raison...

    Puis à notre transit de Sao Paulo- Rio, il y a eu des problèmes avec notre vol. Nous avons fait la connaissance d'un groupe de musiciens qui revenaient d'un show de presque aussi loin que nous, à quatre heures de route de Belém... Ils s'appelaient les Biquini..machin et l'un d'eux parlait français-anglais-portugais-espagnol. Ça passe le temps de discuter enfin en français. Il a dit qu'on sortait du plein coeur de la forêt lorsque je lui ai montré d'où l'on venait sur ma carte. 

    Finalement, rendues à Rio, nous étions sensée rencontrer Jean Remy, de l'université de Rio, à l'aéroport pour lui remettre une valise précieuse contenant des résultats de recherches, des données et du matériel, mais comme nous avions trois heures de retard, plus de Jean Remy. Nous avons pris un taxi jusqu'à l'auberge, qui était correcte. Notre chauffeur de taxi faisait semblant de savoir où il s'en allait et on s'est perdues dans Rio. Lorsque je lui montrais mon plan, il simulait la compréhension soudaine, mais dans la pénombre de la voiture avec ses 40 ans dépassés sans lunettes de lecture, il ne savait pas que nous savions qu'il était presbyte et qu'il n'y voyait rien... Comme nous ne pouvions que marmonner le portugais pour les directions, ce fut toute une histoire de gagner enfin nos lits. Il a bien dû interroger tous les gens des restaurants du coin.

    Bref aujourd'hui ce matin je vous écris de Rio, qui m'apparaît une ville vraiment intéressante et magnifique. C'est l'hiver, les Cariocas sont plutôt frileux. Il faisait 15 degrés hier à minuit et les gens se plaignaient, mais il est vrai qu'on était tout de même avec des Amazoniens. Aujourd'hui, c'est gris telle que Montréal sait l'être. La température est d'environ 22 et les gens se plaignent encore. Nous on trouve que c'est juste confortable, enfin. Ici l'hiver est comme un juin Montréalais je crois.

    Nous avons des problèmes de communication avec Fernando que nous n'arrivons pas à rejoindre et notre rendez-vous avec lui est sensé être demain... Il se peut donc qu'on rentre plus tôt que prévu si on n'a pas de nouvelle de lui. On verra, je vous réécrirai.

    Amazonie 29 juillet 2006

    Alors voilà, notre mission est vraiment terminée et nous avons tout embalé. Il était temps, la ville entière nous harcelait et faisait la file pour avoir des examens ici ophtalmologiques, gratuits. On est presque rendus célèbres, on se fait reconnaître sur la rue maintenant depuis le reportage sur notre équipe. Puis, ce n'est pas évident de devoir refuser les gens qui ne participaient pas à l'étude, mais on ne peut examiner tout le monde, sous peine d'épuisement... Surtout qu'une autre bonne raison de partir est qu'on est maintenant qotidiennement malades à cause de la nourriture non adaptées à nos corps de nordiques.

    Je ne réalise pas encore que tout ça est déjà du passé. C'est comme si j'étais prise à travailler bénévolement ici pour toujours, pour demain et encore demain sans fin. Mais demain, ce sera une journée passée dans les avions.

    Si je m'écoutais, je rentrerais directement à Montréal. Mais on me dit qu'on ne peut pas venir au Brésil sans visiter Rio. On me dit aussi qu'Itaïtuba est l'une des pires places pour les Occidentaux que ne sommes.

    On verra bien.

    Amazonie 28 juillet 2006

    Je vous écris juste après un drame animalier. Une chauve-souris s'est introduite dans la casa. Maria et moi voulions la faire sortir indemne dehors et Donna Conci, notre cuisinière, l'a assommée d'un coup de balai. C'est alors que Carlos a achevé le meurtre avec son rugissement de lion culturel. Nous étions bien peinées du traitement de la mignonne chauve-souris, sauf lorsqu'on nous a expliqué que celles qui recherchent la proximité des humains sont souvent porteuses de la rage. Elle nous est apparue soudainement moins mignonne... Je préfère maintenant le petit lézard gélatineux qui fait de l'escalade sur le mur en face de moi. Je n'ai plus les chatons, que voulez-vous.

    Et bien voilà, enfin ou déjà, notre mission à Itaïtuba tire à sa fin dans un peu plus de 48 heures et nous nous envolerons pour Rio. Finalement, Fernando a réservé pour nous un petit studio à Copacabana et il viendra nous y rejoindre mardi. Nous sommes à deux pas de cette célèbre plage où nous prévoyons ne rien prévoir pour au moins une ou deux journées. C'est que nous sommes épuisées et donc ce sera un repos bien mérité. 

    Aussi, nous sommes vraiment impatientes de regagner nos petites routines de Dres choyées par la vie montréalaise, le 8 août. Pour ma part, j'ai choisi de changer encore de bureau pour faire moins de route. J'irai un peu avec Maroun qui vient d'acquérir une clinique Mont-Royal et St-Denis qu'il a fait j'espère, rénover. Mél. T. écris-moi ce qu'elle a maintenant l'air. J'ai mon petit condo à m'occuper et tel que promis, je dois vous inviter, mais probablement pas pour le mois d'août. J'ai besoin d'un peu de solitude après cette multitude constante qui m'aura pour le moins marquée. 

    Si je fais une rétrospective, voici ce qui m'aura marqué de l'Amazonie et du Brésil :

    - Évidemment les amigos d'Amazonie, de Rio, d'Iberon, de Baltimore et même de Montréal. C'est chouette de connaître des gens si étrangers, mais si semblables.

    - Il n'y a presque plus de forêt amazonienne, quel drame planétaire ! Les forestiers sont des énergumènes exploiteurs et les gens, de pauvres bougres sans éducation peinant pour leur pain. On ne peut surtout pas leur faire la morale, puisqu'on a fait de même au Québec.

    - Tout y est sablonneux, chaud, humide, sale, infesté d'insectes gigantesques et de vautours. L'environnement y est malodorant la plupart du temps et envahi de moisissures. Vivement nos hivers tueurs de germes.

    - Les injustices sociales : soit qu'on y est extrêmement riche ou extrêmement pauvre. Il y a peu de milieux entre les deux.

    - Le rapport entre les sexes. D'abord, ces femmes guerrières, les Amazones, n'existent plus. Elles ont évolué avec les siècles en leur opposée. Des femmes soumises avec ce paradoxe des poupounes amazoniennes : qu'elles soient grosses ou minces, elles sont toutes habillées pareilles, des clônes. Elles portent des mini-mini-jupes et des décolletés jusqu'au nombril avec des talons aiguilles dans le sable comme dans l'avion. À Montréal on les jugerait indécentes mêmes si elles vont à l'église à tous les dimanches. Puis les machos brésiliens : les gars se doivent de toujours prendre toutes les responsabilités sinon ils ne sont pas perçus comme des hommes. Pour eux les femmes sont un peu inférieures, fragiles, mais ils les traitent comme des princesses précieuses par contre. Ça a des avantages et des inconvénients pour l'avoir vécu. Les Brésiliens m'ont d'ailleurs dit que les filles québécoises étaient très intimidantes... Intéressant, ce serait donc nous les seules Amazones ici !

    - Les gens sentent bons, même les aînés, pas comme parfois au Québec où je n'utilisais plus mon ophtalmoscope direct pour éviter la proximité de ceux qui sentent trop le vieux. Ici, c'est vraiment honteux d'être négligé.

    - Ils ont tellement l'air plus âgés et usés que leur âge réel. Je ne sais pas si c'est le soleil ou si c'est parce qu'ils travaillent très fort dans des conditions difficiles. Sans doute les deux.

    - La multitude de fruits exotiques aux noms imprononçables qui m'étaient inconnus jusque-là.

    - L'entraide et le souci des gens envers leur prochain.

    - La beauté du ciel étoilé vu du toit du bateau sur le fleuve. La Voie Lactée qui porte vraiment son nom en ressemblant à du lait renversé. La musicalité des bruits de ce qui reste de la forêt.

    - L'autre musique et la danse obligatoire jusqu'à la surdose. Les chansons locales aux paroles vulgaires et indécentes répétées ou pire, mimées, par les jeunes enfants des communautés. Être culturellement bruyant.

    - Que de prodiquer des soins visuelles ici est assez frustrant, parce qu'on est tellement impuissants pour la suite. Ceux qui n'ont pas d'argent deviennent aveugles ou meurent alors que la technologie est juste à côté.

    - Que je ne veux plus revenir jamais à Itaïtuba, mais que j'aurais bien aimé visiter par les cinq jours de bateau Belem et/ou Manaus et les îles sur le fleuve Amazone inaccessibles autrement. L'invitation est donc lancée s'il y a des volontaires parmi vous pour une prochaine fois, même si c'est un truc très touristique, mais donc moins éprouvant que mes dernières semaines.

    - Quoi d'autre ? Hum, que je ressors d'ici moins précieuse que j'étais à vivre avec toutes ces bestioles et loin de notre petit confort occidental, à côtoyer ces gens au destin mille fois plus éprouvant que le mien. Que nous sommes vraiment choyées d'habiter le Québec. Que nos petits tracas ne sont que des poussières comparés aux problèmes d'ici. Qu'on ne choisit pas l'endroit de sa naissance ni celui de sa mort... Parce que je crois qu'Itaïtuba est comme une prison où l'on naît, mais dont on n'en sort pas vraiment, par manque d'éducation et de resssources. Il se peut d'ailleurs que l'aéroport d'ici ferme et que la seule voie d'accès devienne la boueuse et sablonneuse Transamazonienne...

    Nous y voilà donc, de retour bientôt dans le décor montréalais. Il me faudra reprendre mes habitudes. Puisque j'ai noté que lorsque je vous nomme, vous rappliquez, alors :

    Déjeuners tardifs : Frédérique, Annie C., le frerot. Équitation : Mél. T. (mais pas convaincue pour l'escalade, je me suis assez baladée ici...). Soirées : Cindy, Amal, Lina, Mél. P, Roni aussi. Ju pour le BBQ je ne suis pas certaine que ce soit en ce moment une bonne idée... Évidemment, on doit se prévoir une soirée pour échanger nos photos de voyage pour ceux concernés.

    J'en oublie certainement. Ne m'en tenez pas rigueur. Je vous réécrirai probablement de Rio, car demain et samedi, nous serons occupés. Nous devons tout ranger notre équipement et nous avons cette soirée samedi, ou plutôt cette nuit, de fête comme conclusion.  

    À dans 12 jours !

    Amazonie 25 juillet 2006

    Suite de mes aventures :

    Vendredi 21

                       Après une journée harassante, il faut vous informer tout bas que nous n'avons pas aidé notre cause jeudi soir car nous avons encore fêté obligés à la caipirinha et tenté de danser la samba pour souligner une seconde fois le départ de Fernando. C'est donc semi zombies que nous sommes embarqués à onze sur le bateau qui reconduit les participants quotidiens de notre étude à leur casa vers 17h.

    Le pont était déjà bondé. Nous nous sommes frayés un sentier entre la vingtaine de hamacs suspendus, les enfants se traînant à quatre pattes, leurs parents et les autres, pour se rendre à la cale et enfin accrocher les nôtres. Nous avons passé la soirée à nous faire bercer par les vagues à la hauteur de l'eau. Une ampoule incandescente jaune vacillait pour seul éclairage car les astres étaient dissumulés par un fort orage équatorial. Il y avait aussi ce bruit assourdissant de moteur promettant l'insomnie que je tentais de camouffler avec mon baladeur et Malajube, car j'ai de plus en plus besoin de mon québécois et je ne ris plus de mon autre seul album ainsi. Il n'y avait rien à faire sauf lire, écrire ou déranger son voisin cordé d'à côté. La mienne était Edenilza notre traductrice d'examen visuel... c'est qu'elle ne parle que deux langues, le portugais et le langage universel des signes. Donc les conversations s'avérent plutõt brèves avec elle. Puis pour les bouquins, j'ai tellement lu depuis ce mois que je pourrais vous écrire une critique littéraire, mais là n'est point mon but.

    Je n'osais pas me promener sur le bateau. Il pleuvait si fort qu'il y avait des risques de se faire de nouveaux copains, comme une grosse tarentule qui m'a escaladée et que j'avais prise pour le frottement d'une corde de hamac ou cette cucaracha juteuse que j'ai involontairement piétinée... Donc je ferme les yeux, je m'endors j'espère.

     

    Samedi 22

                Réveil par la dure lumière du soleil amazonien miroitant sur le fleuve. Surprise, nous n'avons pas très bien dormi. Nous avons déménagé sur le pont au milieu de la nuit lorsque les gens furent reconduits. Il y avait tous ces bruits étranges d'animaux vaguant non identifiés et aussi de singes et de coqs dégénérés criant sans soleil.

    Nous sommes allés pour la deuxième fois nous balader vers des chutes d'eau. J'ai cru qu'on blaguait, mais lorsque j'ai constaté que j'allais rester seule sur le bateau, j'ai dû aller. Un étang de boue a englouti l'une de mes sandales et je me suis blessée de marcher de ce pied nu. Candace avait l'air de sortir de l'un de ces combats de filles en bikini dans la boue tellement elle était salie. Rendus aux chutes qui faisaient surtout office d'abreuvoir, un orage nous a chassé et nous sommes retournés au bateau. Quelle balade déplaisante avec ces idées de Brésiliens... J'ai quelques photos que je ne peux vous envoyer ce soir, car c'est la panne d'Internet à la maison.

    Comme les averses sont ici bien courtes, nous avons plongé dans les eaux chaudes du Tapajos, puis plus tard du haut du bateau, nous avons regardé le spectacle hypnotisant des dauphins jacasser jusqu'à la pénombre. Je ne peux dire quelle espèce examinait l'autre d'ailleurs.

     

    Dimanche 23

    Réveil par des hurlements portugais rudes et sans considération, voici notre ambiance de groupe, mais je crois qu'être bruyant est ici culturel. Nous avons passé l'avant-midi à flotter sur des airs vulgairement indécents de la musique locale jouant encore trop fort. C'était pour nous comme une surdose insoutenable.

    Après le lunch, Candace et moi avons emprunté la petite barque de secours pour fuir au plus vite cette ambiance chaotique, soit le gros bateau. Le moteur était désuet, dangereusement sans couvercle et il calait à tout instant. Carlos a pris le relais pour conduire, à la brésilienne, c'est-à-dire le plus rapidement possible et dangereusement, sur l'eau comme sur la terre donc. Après plusieurs palpitations cardiaques à anticiper de chavirer, nous nous sommes arrêtés en plein milieu du fleuve. Il devait y avoir à cet endroit un kilomètre séparant les deux rives et je n'imagine pas la profondeur habitant les piranhas, les communautés de dauphins et les requins. L'eau était encore presque bouillante. Avec nos bouées, nous nous sommes immergés jusqu'à ratatiner. Le silence de nos discussions était tellement bon.

    En fin d'après-midi, nous nous sommes baladés dans la communauté des gens avec lesquels nous travaillerons lundi 24, Santa Cruz. C'était tout petit bien que ce soit l'une des plus importantes, et très archaique. Un semblant d'un autre siècle, toutefois trahi par les antennes de satellite pour la télévision ressemblant à des champignons géants dispersés un peu partout. Nous avons dormi sur le pont avec une vingtaine de ces amazoniens pour le voyage du retour qui a duré 8 heures. Je me suis allongée sur le dos sur le toit du bateau avec Candace et Carlos pour admirer une dernière fois la Voie Lactée vue de l'équateur, car de la maison, ce n'est pas aussi beau ni poétique. Je me suis sentie plus petite qu'une goutte d'eau dans cet océan qu'est notre univers, si loin de vous, de Montréal, perdue dans cette indescriptible immensité.

    Amazonie 20 juillet 2006

    Alors donc pour les manchettes quotidiennes :

    Nous sommes retournés avec le jeune homme qui souffre de glaucome pour le faire inscrire sur la liste d'attente des services médicaux gratuits brésiliens. Ici il y a au mieux deux ans d'attente seulement pour être vu une première fois et je conçois que les morts entre-temps sont inclus dans ce délai. Il se nomme Efrin, 18 ans et il ne savait pas comment ouvrir une portière de voiture, ni baisser la fenêtre le pauvre, il en était tellement gêné. Ce qui signifie qu'il n'a pas dû se balader souvent en automobile. C'est étonnant comment certaines choses prises pour acquises chez nous appartiennent à une planète éloignée ici. Fin de l'histoire d'Efrin donc, nous avons vraiment fait tout ce qui était en notre pouvoir pour le faire soigner.

    Nous avons encore examiné de ces personnes légalement aveugles à qui nous redonnons subitement la vision avec de simples lunettes. Nos gens des communautés sont tellement simples. Ils dégagent quelque chose de spécial et de flagrant difficilement descriptible, qui s'apparente à une déconcertante pureté, car vraiment aucune méchanceté n'émane d'eux, aucun sentiment négatif. Ici, tout le monde est égal et vit dans une communauté où il est primordial de s'entraider pour survivre. Chacun y trouve sa place. Les vieux sont heureux et fiers d'être vieux car ils jouissent du respect de toute une vie accomplie. Les enfants sont existants et sereins sans ritalin. Les femmes qui allaitent ne se cachent pas et en sont fières. Il y a ce souci constant du bien-être de l'autre, à mille lieux de chez nous. Moi je me dis que leur vie doit y être difficile, peut-être qu'eux nous plaignent au fond en nous observant. Le bonheur est relatif, le malheur aussi.

    À la casa, je viens de réaliser que Jorge le gros Brésilien qui fait la sieste toute la journée est en fait notre garde du corps. Je ne sais pas s'il est très efficace en cas d'attaque pour nos voler nos hamacs... mais au moins il est utile pour veiller sur les chatons. L'oeil d'E.T. est guéri grâce au Vigamox, il ne nous reste plus qu'à trouver à qui les donner avant de quitter. Je n'ai pas envie de vous écrire sur ce qui se passe entre nous à la casa, je me sens comme à l´école secondaire présentement et ce n'est rien de très positif. Des histoires ridicules à la loft story, des histoires de jalousie aussi sur moi qu'on me dit, même si je n'avais pas du tout remarqué, bof. Carlos le lion a rugi mais pas de maladie, hier nuit et l'ambiance est un peu mieux aujourd'hui. On récolte ce que l'on sème selon le vieil adage, alors si ça peut en faire tirer des leçons à certains, et bien ce sera toujours ça. Puis il ne nous reste qu'une semaine tous ensemble et demain nous repartons trois nuits en bateau, je ne pourrais pas vous écrire donc. Le ciel nocturne amazonien sera comme toujours à couper le souffle vu de nos hamacs sur le fleuve.

     Nous sommes encore retournés au resto hier, avec au menu du très bon poisson comme toujours, pour souligner le départ prompt de Fernando demain pour Sao Paulo, cette ville que j'avais trouvé totalement hideuse. Il faut comprendre qu'il y a là 24 millions de personnes finalement, ce qui est presque le Canada en entier dans une seule cité. Nous nous sommes baladés ensuite un peu et un petit gars de 15 ans si petit que je croyais qu'il en avait 12 et qui se nomme Evorton et non Avorton OUps. C'est qu'il n'a pas dû manger assez de protéines. Il nous a abordés parce qu'il croyait que Candace était propriétaire d'une boutique de tatouages et qu'il en voulait un comme elle. Nous avons tellement rigolé que ce fut la blague de la soirée...

    Fernando doit passer un concours pour avoir une promotion de prof à son université, c'est pour cette raison qu'il nous quitte si vite, si je comprends bien. Nous le retrouverons à Rio dans une semaine. Il est vraiment chouette avec nous, il a planifié toute notre semaine et nous a aidées à louer un appartement pour ce temps. Nous irons au stade voir une partie de soccer, j'ai hâte de constater l'ambiance. Nous irons aussi nous promener à Buzos (est-ce bien écrit) et à Copacabana qui ne serait pas si chouette que ça, etc. 

    Até logo,

    Annie

    Amazonie 18 juillet 2006

    Hier soir, j'étais en pyjama, mon vert menthe picoté avec des bisoux roses et Betty Boops sur le devant, quand Carlos et Marsio ont subitement eu envie de s'enfuir de la maison et m'ont convaincue aisément. Nous sommes allés prendre une bière brésilienne au centre-ville d'Itaïtuba. Il y a depuis cette fin de semaine une fête forraine en bordure du fleuve pour célébrer la fête de Ste-Anne. C'est assez horrible comme ambiance, pire que Old Orchard aux États-Unis avec des manèges dangereux de 1920 qui vont à toute vitesse sans mesure de sécurité telles que des ceintures ou des réglement de ne pas se lever debout et danser pendant que tout tournoie par exemple, sauf que ce n'est pas pour les touristes. Il n'y en a aucun ici, que des affiches de Jésus partout, mais bon. Nous n'avons pas fait de tour de manège donc. Au retour, mes deux compères tenaient à essayer de tirer à la carabine à plomb pour me gagner des prix, vous savez, ces hommes brésiliens... Ils n'ont rien gagné comme prix. Au dernier projectile, ils m'ont convaincue de tirer et j'ai remporté deux pris en un plomb, un pour chacun. Ça c'est parce que j'ai déjà reçu des cours de tirs de BJ, je ne savais pas que ça m'aurait été utile à l'autre bout du monde à ce moment.
     
    Et puis aujourd'hui, nous avons accompagné notre jeune homme d'hier sur la voie de la cécité à la clinique d'ophtalmologie. Le projet de recherche a payé la consultation pour lui. Le médecin était épeurant, il avait l'air d'un vieil alcoolique. Il lui a prescrit du timolol bid à vie dans son bon oeil et il le reverra gratuitement dans un mois. Je ne sais pas si le Xalatan est connu ici et je ne m'imagine même pas les résultats de trabéculectomies, ce qu'il aurait probablement reçu comme traitement au Québec. C'est dire que nous pourrions être des ophtalmo réputées ici... J'étais heureuse car au moins il recevra des soins grâce à nous et qu'on évitera ou du moins retardera sa perte de vision. Si me perdre à l'autre bout du monde peut servir à aider ne serait-ce qu'une personne, et bien j'en partirai satisfaite.
     
    J'ai trouvé des gouttes antibiotiques cachées dans notre trousse pour sauver l'oeil de notre chaton E.T. en espèrant que les chats métabolisent le vigamox...
     
    Alors c'est tout. J'écris beaucoup, c'est que certains d'entre-vous me l'ont demandé, c'est aussi pour permettre à notre JP de poursuivre le voyage d'une certaine façon avec nous, c'est aussi parce que j'adore vous écrire. Je n'ai reçu aucune plainte formelle encore, mais si quelqu'un trouve que c'est déplaisant, prière de me le communiquer afin d'être retiré de cette liste. Je pense entre autre à un certain écureuil (je me comprends, ne vous en faites pas je ne souffre pas d'insolation).
     
    Merci pour les invitations de souper au barbecue à mon retour, merci de vos réponses, ça me permet de me souvenir que Montréal n'est pas cette terre paradisiaque abstraite et perdue.
     
    Annie, qui admire encore la beauté des étoiles sans aucun décalage horaire avec vous. C'est que le soleil se couche subitement à 18h près du milieu de la planète et qu'il se lève tout aussi brusquement à 6h.

    Amazonie 17 juillet 2006

    Aujourd'hui, ce fut un lundi comme les autres, soit bleu brésilien. Ellen nous a quittés ce matin. Le chat est parti, la souris peut danser. Pour nos petites histoires de groupe, Carlos est surnommé le lion depuis la nuit où il a littéralement rugit en étant malade et il en est fier. Moi je suis toujours la maluca Pioupiou. On continue de faire des farces plates sur Flageolas et moi, ce qui crée un certain malaise, mais il y a de moins en moins de monde pour faire hahaha. Il y a Awazon qui chante des chansons que Candace décrit comme fromageuses avec raison, sur la scenette de son bar pour Myriam en disant aux spectateurs que certaines sont pour tuer le lion... c'est que Carlos est l'ex de Myriam. Carlos ne nous accompagne d'ailleurs jamais si Awazon est dans le décor. Il y a toujours ces deux chatons que nous avons recueillis à la maison, dont l'un est en voie de perdition. Il ressemble à E.T., il ne grossit pas et il a une infection à un oeil en plus de ne plus avoir de maman.

    Côté opto, il y a eu ce jeune homme de 19 ans avec une dégénérescence oculaire du segment antérieur, un glaucome final à l'oeil droit sans perception lumineuse et l'oeil gauche amoché aussi à 6/12, sur la voie de la cécité quoi. Ce cas nous a vraiment touché, puisque c'en est presque un de basse vision et qu'il était tellement jeune pour perdre la vision, donc tout son peu d'avenir brésilien. Probablement que si ce jeune homme était Canadien, on pourrait stabiliser ou du moins le tenter, sa vision. L'équipe vérifiera si on peut l'aider en communiquant avec certaines personnes influentes à Belem. Tout est corrompu ici, il faut avoir de l'argent ou connaître des personnes influentes, c'est à se rendre malade et rugir.

    Ici, pas d'Hôpital Maisonneuve-Rosemont pour y envoyer en urgence nos gens en ophtalmologie. Pas d'aide aux études aux semi-voyants, encore moins de télévisionneuse à 3 000$ payée par la RAMQ. Je ne trouve pas ça évident de possèder les connaissances pour poser mes diagnostic et connaître la suite du pronostic si rien ne peut être tenté. En fait, c'est même assez frustrant de se sentir aussi inutile et impuissante, de lire un regard préoccupé écrit en langage universel lorsqu'on annonce tout ça. Il qui croyait que sa mauvaise vision était due à une baignade intrépide et il n'a évidemment pas l'argent pour obtenir des soins, alors que la technologie est flagrante et juste là, comme pour nous narguer. J'espère fortement qu'il n'ira pas se suicider. Pour cette raison, je n'aime pas le Brésil, pays de corruption et d'injustices sociales. Je suis choquée, je le décris comme pays de fous et fou n'est pas dans le sens positif cette fois. Nous sommes vraiment plus que choyés d'être Québécois.

    Fernando dit que la troisième semaine de recherche est toujours la pire. Je crois qu'il a raison. Nous avons plus que jamais hâte de rentrer à la maison. Je ne peux plus sentir l'odeur des caïpirinha, j'en ai assez de la musique brésilienne sans arrêt, je n'ai plus faim de manger toujours la même chose brésilienne. Un souper barbecue serait tellement bon, un jus de pomme aussi plutôt que du suco de cupuaçu... Mais je me dis que ce soir, les étoiles sont toujours aussi belles près de l'équateur, que ce sont les mêmes qu'à Montréal. D'ici on voit la Voie Lactée en trois dimensions lorsqu'on lève les yeux vers le ciel. Il n'y a que des astres en plein milieu du firmament, les extrémités sont ténébreuses. Parfois on voit passer des étoiles filantes, on peut faire un souhait.

    Bref, dans une semaine, ce sera selon les prédictions l'une des meilleures car tout le monde se quittera ensuite. J'ai très hâte à vendredi, nous repartons vers les communautés en bordure du fleuve qui sont inaccessibles autrement, car assez lointaines et pas de route terrestre, puis nous revenons lundi matin. Ce sera trois nuits aux centaines de belles étoiles dans nos hamacs sur le bateua en écoutant la musique de ce qui reste de la forêt, ce sera mieux que ce lundi azuré.

    À bientôt,

    Annie